Toujours pertinent?
- From: "Prout Prout Shagala" <prout@xxxxxxxxx>
- Date: Wed, 18 Jan 2006 18:56:49 -0500
Toujours pertinent?
Nestor Turcotte
L'auteur est un militant indépendantiste de longue date
Alors que sa mission devait être temporaire, le Bloc québécois s'incruste au
Parlement fédéral d'une élection à l'autre. Sa présence à Ottawa ne
devient-elle pas de plus en plus incongrue, loufoque et contradictoire?
En démocratie, tout parti politique vise à atteindre le pouvoir, afin de
mettre en pratique les politiques qu'il croit être bonnes et applicables
pour l'ensemble de la population. Le Canada n'échappe pas à cette loi. Le
régime politique qui anime notre démocratie libérale a ses fondements dans
le système britannique qui guide l'ensemble des parlementaires, et cela,
depuis l'origine de le la Confédération de l867.
Ainsi donc, le parti qui obtient le plus de sièges est invité, suite à une
élection générale, à former le gouvernement. Le parti qui obtient ensuite le
plus grand nombre de sièges forme l'Opposition officielle. Les autres
partis, peu importe leur nombre, demeurent des oppositions partielles,
circonstancielles, régionales.
Le Bloc québécois entre dans cette dernière catégorie. Fondé par l'ancien
premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, suite à l'échec du Lac Meech et
en vue d'occuper tout le terrain en vue du référendum de 1995 promis par
Jacques Parizeau, sa mission devait être forcément temporaire. En toute
logique, le Bloc québécois, arrivé en « bloc » en 1993, aurait dû quitter la
scène fédérale en «bloc», dès le lendemain de l'échec référendaire de 1995.
Les bloquistes, ayant sans doute goûté aux plaisirs d'occuper une banquette
bien rémunérée dans le pays voisin qu'ils veulent détruire, se sont, par la
suite, métamorphosés en défenseurs « uniques » des intérêts du Québec, en
chiens de garde contre le gros méchant libéral fédéraliste qui, selon eux,
dilapide toujours les fonds publics, au profit des petits amis du régime
dirigé par Jean Chrétien à l'époque ou de son successeur Paul Martin.
La question est alors posée : les bloquistes ont-ils encore leur raison
d'être
dans le Parlement canadien? Peuvent-ils encore jouer les trouble-fêtes dans
un régime auquel ils disent ne pas croire? Peuvent-ils, après avoir fait,
une première fois, le coup du cheval de Troie en 1993, l'avoir répété en
1997, 2001, 2004, refaire, une cinquième fois, la même opération, sans que
l'on
soit en droit de se poser des questions sur les motifs qui les justifient à
mener une bataille qui apparaît de plus en plus maintenant comme une lutte
pour leurs intérêts personnels que pour les intérêts du Québec qu'ils
pensent défendre?
Les slogans
Les campagnes électorales (fédérales ou provinciales) ne captivent plus
l'électorat.
À défaut de contenu, les politiciens optent pour le vide intellectuel, la
manipulation, l'image et les slogans. Le Bloc québécois n'est pas en reste
dans ce domaine. Le slogan de sa première campagne électorale, en 1993, a de
quoi étonner : On se donne le VRAI pouvoir.
En 2004, le Bloc québécois perpétue la même folie des slogans creux : Un
parti propre au Québec. Du subliminal à haute tension! Qui est propre en
politique? Totalement vierge et inattaquable? Qui peut se draper du manteau
de la rectitude et de l'honnêteté absolue? Le Québec, sur ce sujet, n'est
certes pas l'exemple à proposer. Que chacun songe aux milliards de dollars
que nos gouvernements ont investis, en pure perte, dans des projets qui
n'ont
jamais vu le jour, des projets lancés à la hâte à la veille d'une élection
(papeterie de Chandler qui a coûté plus de 300 millions aux contribuables),
des projets mal préparés, mal ficelés, mal finalisés. Des « commandites »
sous le tapis, impossibles à mesurer par l'humble contribuable qui paie ses
impôts à la source.
Si le Bloc, de plus, est un parti propre au Québec, - un parti
régionaliste - pourquoi pas, dans la foulée de cette pseudo-logique, un bloc
ontarien, voué à la défense des intérêts exclusifs de l'Ontario? Un bloc
albertain voué à la même cause, un bloc terre-neuvien voué à la défense des
insulaires collés sur le Québec? A la limite, pourquoi pas un bloc pour
chacune des provinces?
Le Bloc québécois, ici encore, essaie de faire croire aux Québécois, qu'il
peut, lui seul, défendre les intérêts du Québec dans la fédération
canadienne, alors qu'il dit croire, de toute son âme, que les intérêts des
Québécois sont en dehors de la Fédération canadienne. Il y a là quelque
chose de contradictoire dans le discours : les bloquistes disent ne pas
croire aux bienfaits du régime fédéral en affirmant que les Québécois y
trouveraient leur compte en le quittant. Mais, du même coup, ils vont siéger
dans le Parlement central pour affirmer qu'eux seuls peuvent défendre les
intérêts du peuple québécois, dans l'enceinte d'une assemblée, à laquelle
ils ne croient pas. De la poudre aux yeux pour électeurs naïfs! Ils
affirment même que c'est au Québec que doit se décider la souveraineté du
Québec et au Québec seul, mais du même souffle, ils affirment qu'ils faut
des députés à Ottawa pour préparer la dite souveraineté. On décide par ici
ou on décide ici et là-bas?
Le loup dans la bergerie
Le parlement canadien, depuis 1993, doit composer avec une formation
politique, qui a comme mission de le discréditer, de le paralyser, à la
limite de le nier. René Lévesque s'était opposé à la possibilité de créer un
parti souverainiste sur la scène fédérale. Pour une raison fort simple : le
principe de souveraineté rejette les institutions fédérales comme ne lui
convenant pas et que la question de l'avenir politique du Québec devait,
selon lui, se régler aux Québec, entre Québécois.
La présence actuelle du Bloc québécois devient de plus en plus incongrue,
loufoque et contradictoire. L'Église catholique accepterait-elle qu'un
leader religieux vienne prêcher, dans son Église, une doctrine opposée à
celle qu'elle soutient depuis deux millénaires? Le parlement de Madrid
accepterait-il que les séparatistes basques viennent siéger à l'Assemblée
nationale de l'Espagne, pour prôner l'indépendance des Basques? Les Français
applaudiraient-ils leur Assemblée nationale si les Bretons, par la voie d'un
parti séparatiste, prônaient, à l'Élysée, le retrait de la Bretagne du grand
ensemble français? Le Bloc québécois ne croit pas à la viabilité et à la
rentabilité, pour le peuple québécois, de la Fédération canadienne. Et pour
le signifier, il siège dans le Parlement qui la défend, à l'endroit exact,
où il peut aussi la pourfendre? Avec tous les avantages pécuniaires que cela
rapporte!
Réné Lévesque ne trouvait pas le geste gracieux et logique. Lorsqu'on ne
croit pas à une institution, on ne l'envahit pas pour profiter de se
largesses, tenter de la détruire par l'intérieur, recevoir éventuellement
une pension à vie de sa part. On bâtit, ailleurs, quelque chose de neuf,
avec les sacrifices que cela comporte.
Les chiens de garde
Le Bloc québécois ne formera jamais le gouvernement dans le parlement
canadien. Il est voué, jusqu'à son extinction, à ramasser les avantages du
pouvoir qu'il renie et à attendre le grand soir, qui tarde à venir, où les
Québécois feront du Québec leur pays. Suzanne Tremblay, députée bloquiste
sortante de la circonscription de Rimouski-Neigette, après trois mandats à
Ottawa, pour justifier la présence de son parti au-delà de la rivière des
Outaouais, affirmait que les bloquistes étaient les chiens de garde dans le
régime fédéral actuel.
La comparaison a de quoi faire rire plus d'un électeur. Le chien exprime
habituellement son mécontentement en jappant. En cela, l'illustre et colorée
députée a bien raison. Depuis douze ans, le Bloc n'a fait que cela : japper.
Certains ont jappé plus fort, comme les Michel Gauthier, les Gilles Duceppe,
les Ménard et quelques autres. D'autres, non loin des draps beiges qui
ornent le fond de scène de la Chambre des Communes, jappent moins fort. Mon
député, dont la niche est installée hors de ma circonscription ne jappe pas
souvent. Et s'il l'a fait, on ne l'a guère entendu jusqu'ici. Et s'il est
venu rôder dans la circonscription qu'il représente, sa présence n'a pas été
significative. A part l'assurance emploi et les gros os des commandites,
rien de bien substantiel pour celui qui demande un second mandat.
Les chiens de garde de Gilles Duceppe ont jappé pendant douze ans dans un
parlement où ils n'ont plus d'affaire. Ils ont le droit de continuer à jouer
leur vaudeville à tout venant. Il semble que la comédie a assez duré. Il est
souhaitable que ces hommes et ces femmes tirent leur révérence et entrent,
comme le souhaitait leur père fondateur, afin que la bataille pour
l'indépendance,
si elle doit se perpétuer, se continue et se termine au Québec. La stratégie
du cheval de Troie a échoué. Les votes sont là encore, mais ils marquent
bien plus le dépit envers un gouvernement usé et corrompu que l'adhésion à
la cause que le Bloc défend du bout des lèvres. La dernière preuve en est
qu'aux
élections de 2003, la présence du Bloc à Ottawa n'a permis au P.Q. de
reprendre le pouvoir. Malgré la présence du Bloc à Ottawa, il n'a recueilli
que 33 % du vote populaire, le plus bas résultat depuis plus de trente ans.
Quelques questions
Il semble bien que le Bloc, à nouveau, remportera une majorité de sièges au
Québec. En 2008, après quinze ans dans l'Opposition, la situation politique
du Québec sera-t-elle meilleure pour les Québécois, avec la présence des
bloquistes, toujours dans l'opposition à Ottawa? N'y a-t-il pas lieu, à ce
moment précis, de redonner la voix à ceux qui croient à la démarche
fédéraliste pour recentrer le débat et permettre à chacun des camps de se
retrouver sur le terrain où doit se dérouler les décisions qui engageraient
tout l'avenir des deux nations qui composent ce pays?
Les bloquistes ne croient pas au régime fédéral. Ne serait-il pas logique
qu'ils
en fassent la démonstration hors de l'enceinte où se joue leur cause? Ainsi,
ils ne pourraient pas être taxés de gens qui profitent d'un système qu'ils
condamnent et accusés d'enrayer volontairement les rouages d'un régime qui,
selon eux, dessert mal les Québécois?
Advenant l'hypothèse que le Québec devienne un jour un état indépendant, les
bloquistes peuvent-ils s'engager, dès aujourd'hui, à ne pas retirer, le jour
de l'accession du Québec à l'indépendance, les plantureuses pensions venant
du pays étranger que le vote populaire aura rejeté?
Enfin, comme le Bloc québécois se dit un parti souverainiste, pourrait-il,
d'ici
la fin de la présente campagne, cesser de parler des autres partis
fédéralistes, en faisant ouvertement et uniquement la promotion de la cause
de l'indépendance du Québec à laquelle il est supposé croire, délaissant
ainsi les discours sur les commandites, et les scandales des libéraux?
Les bloquistes ne se recouvrent-ils pas de ridicule en demandant, depuis
cinq élections, de voter pour eux, en leur garantissant qu'ils resteront
dans l'Opposition et qu'ils ne pourront jamais appliquer les politiques
qu'ils
mettent de l'avant, uniquement pour le frime? On doit être les seuls en
Occident à voter pour des gens qui nous promettent de ne jamais appliquer
leur programme électoral. Plus distincts que cela, tu meurs !
--
http://shagala.mindsay.com/
.
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