Re: Entà ua bona hartèra



Je ne suis pas encore assez con pour ne pas savoir que toutes ces
formations sont tirées de la langue locale. Le fait cependant que par
leur sens et par leur phonétisme, ces lieux-dits trouvent des
équivalents exacts dans les régions de langue d'oïl n'est pas sans
intérêt.

Le Pâtural : je trouve ridicule de restaurer une forme "lo pastural".
L'IGN est une base de données sérieuse qui relève les lieux-dits selon
deux traditions : via les données des autochtones et via les anciennes
cartes. Ainsi en Béarn, de nombreux lieux-dits sont écrits selon les
règles béarnaises par respect de la tradition écrite. Idem dans les
pays limousophones notamment pour ce qui concerne le x. Bref,
l'attestation sur les cartes d'Etat-Major de l'usage de l'accent
circonflexe est la preuve que cette graphie est socialisée in situ.

Il n'en reste pas moins que c'est dans les pays arpitans qu'une telle
forme non vocalisée est répandu.

Bréjaud : on peut également penser à une métathèse sur berge (qui a
fourni de nombreux patronymes : Brégeat, ...) avec suffixe diminutif
généralisé graphiquement en -aud ou suffixe qualitatif -alem. Dans
tous les cas, tu ne trouves pas remarquable que l'étymon (celto-)latin
ait abouti aux mêmes formes en pays d'oïl et pas ailleurs en pays
d'oc ? Qu'en conclues-tu ?

Chanteranne : la palatisation, c'est déjà Paris. Point. Gallo-roman
médian. On ne palatise plus en gallo-roman septentrional, c'est vrai,
mais il y a des centaines de kilomètres qui séparent la Normandie de
Bergerac, et on sait que le substrat normando-picard est particulier.

Montchauvon : ne mens pas, tu sais fort bien qu'en ces terres si peu
éloignées du Berry, on dira [monchauvon], même si j'admets fort bien
que dans un état antérieur de la langue, la solution limousine ait été
choisie. Montchauvet n'est attesté nulle part en Limousin, par contre,
c'est une commune du Calvados et une autre des Yvelines. Au fond, on
en revient toujours à la même problématique : tu fais la preuve de la
grande unité des langues romanes pour décrire l'univers des hommes
(Montecalvo, ...) et la grande disparité entre les langues romanes du
Massif Central et les langues méridionales de Gaule dans la
déformation des étymons latins.

Prébourgnon : qui parle de caractériser un parler par un ou deux
traits ? Je n'ai rien généralisé. Je constate que sur la commune de
Genouillac, on dit "pré". Et que Bourgnon, patronyme de la Creuse,
trouve des équivalents en langue d'oïl. Mais je ne remets pas en cause
l'appartenance au domaine d'oc de cette région d'ailleurs : seulement,
je fais la preuve des liens intimes entre le domaine d'oïl et le
domaine d'oc, et a contrario, de la plus grande originalité de
l'ensemble sud-ouest de la dite Occitanie. Mais foncièrement, je suis
le premier à penser que le Limousin est une entité ethno-culturelle
cohérente, fortement entamée par la poussée oïlique au Nord, mais
toujours très dissemblable du Berry voisin. Par contre, je me demande
encore pourquoi on met dans un même ensemble la Provence et le
Limousin. J'avoue, je ne comprends pas. C'est vraiment du même genre
absurde que les Padans qui foutent dans le même sac le Frioul et le
Piémont. Un vrai manque d'acuité aux choses.
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