Haiti-Reconstruction: Faut-il Remettre en Question La Légitimité de Preval?



"La légitimité politique ne vaut rien si elle ne peut pas servir la
cause de la majorité qui l'a donnée." Moss M.Jack.

Dans un article paru dans le journal français Le monde,édition du 23
janvier 2010, Sophie Jouineau, politologue et spécialiste de la
caraibe, pense qu’ 'après le tremblement de terre qui a créé en Haïti
une crise générale sans précédent,’ il est tout à fait normal de
respecter la légitimité du gouvernement de Préval et transformer ce
gouvernement en un "gouvernement de reconstruction. Ma question à
Sophie Jouineau est celle-ci: A quoi sert la légitimité politique si
elle ne peut pas servir la cause de la majorité qui l'a donnée?

Depuis le 7 février 1986, sous le couvert de la democratie,nous
assistons à la destabilisation d'Haiti.Lorsque la légitimité politique
a été confiée à des hommes politiqes,ils ont enfoncé davantage le pays
dans le chaos et mener la même politique discriminatoire de plus de
deux siecles.Que ce soit en dictature ou en democratie, rien n'a
changé en Haïti.


Que faut -il faire:Continuer à donner la légitimité politique à des
leaders peu soucieux de l'intérêt général ou remettre en question le
groupe de leaders à qui est confiée cette légitimité?

Il y a des leçons fortes à tirer dans la gestion de la catastrophe du
tremblement de terre,lesEtats-unis envoient des soldats en Haïti pour
aider à rétablir l'autorité de l'Etat alors qu’ils sont farouchement
opposés à la formation d'une armée haïtienne moderne et démocratique
qui est d'ailleurs dans la constitution haitienne.Comment se fait-il
qu'un pays étranger peut envoyer des troupes de son armée en Haïti
pour aider à rétablir l'autorité de l'Etat alors que cet Etat se voit
opposé d'avoir sa propre armée? Voila à quel genre de contradiction
est confrontée la démocratie haïtienne.


Les haïtiens doivent se réveiller et dessiner une ligne de démarcation
profonde entre les intérêts de la nation haïtienne et les intérêts de
la communauté internationale dans le pays.

D'après la politologue, les haïtiens ont peu à dire sur la
reconstruction de leur pays, il revient tout bonnement à la
communauté internationale de décider et d'accompagner qui elle veut et
ce qui est possible pour "le bien-être de la nation haïtienne".

Apparemment Sophie Jouineau ne comprend rien de ce qu'elle écrit à
propos d'Haiti, elle est plutôt invitée à questionner le rôle de
''international qui s'acharne à financer des élections soi-disant
démocratiques qui n'apportent aucun changement réel pour le bien-être
de la majorité.

Moss M.Jack

Blog:www.haitianpoliticsforum.blogspot.com



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HAIÏTI, LES ENJEUX DE LA RECONSTRUCTION

Respecter la légitimité des autorités
par Sophie Jouineau
LE MONDE | 22.01.10 | 14h28 •

'ampleur des destructions humaines et matérielles causées par le
séisme qui a frappé la capitale et le sud d'Haïti le 12 janvier vient
cruellement rappeler la fragilité des institutions haïtiennes.
L'interruption brutale du cours de la vie du pays remet-elle pour
autant en question la légitimité politique du président René Préval et
du gouvernement de son premier ministre Jean-Max Bellerive ?


La situation est certes suffisamment grave pour que les Haïtiens, et
notamment les plus démunis d'entre eux, expriment un fort
mécontentement à l'encontre de René Préval et de son gouvernement, qui
ne peut cependant masquer la solidarité dont ils font preuve, bien
plus massive que les pillages qui pourraient laisser craindre une
situation d'anomie.

On peut noter qu'ils sont aussi tout à fait en droit d'adresser leurs
critiques à la communauté internationale, présente depuis 2004 avec la
Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah),
et se demander si celle-ci n'aurait pas mieux à faire que de
contribuer malgré elle à alimenter un processus éventuel de
contestation.

Processus dont on distingue mal en quoi il pourrait permettre de
résoudre la crise humanitaire et de passer rapidement à une phase de
construction d'institutions capables de mettre en oeuvre des
politiques publiques dans le domaine des infrastructures, de la santé
et de l'éducation, ainsi que de pourvoir à la sécurité des citoyens..

Dans les 24 heures suivant le tremblement de terre, l'exécutif haïtien
et la communauté internationale ont identifié les tâches prioritaires
face à l'urgence - dégager des décombres le plus grand nombre possible
de survivants, soigner les blessés, fournir alimentation et
hébergement aux sinistrés - et pour la reconstruction. Conçue dès
l'origine comme "multidimensionnelle", la Minustah est dotée d'un
mandat évolutif et visant une action en profondeur nécessitant une
présence sur le long terme.

Depuis les élections de 2006, le volet d'aide à la reconstruction des
institutions et d'appui au redémarrage de l'économie n'a cessé de
s'affirmer, et le secrétaire général l'a également renforcé en
confiant, en juin 2009, à l'ancien président américain Bill Clinton le
poste de représentant spécial du secrétaire général pour Haïti, avec
pour mission de favoriser le redémarrage économique. Si seule la
communauté internationale a la capacité de fournir le financement et
l'assistance technique pour la reconstruction, le gouvernement haïtien
doit conserver l'entière légitimité à conduire celle-ci.

La faiblesse des institutions haïtiennes est trop profonde pour n'être
que le résultat de l'action du président Aristide, qui a quitté le
pouvoir le 29 février 2004, ou de l'insuffisance des gouvernements
postérieurs à l'entrée en fonctions du président René Préval en 2006.
Les progrès timides aujourd'hui anéantis reflètent la difficulté du
pays à tirer le meilleur parti de l'assistance internationale,
pourtant substantielle à la suite des grands soubresauts politiques
depuis la chute de la dictature héréditaire des Duvalier en 1986.

Ils sont aussi dus à la grande ambivalence de la société haïtienne à
l'égard de la construction d'institutions fortes, l'Etat étant vu
comme un acteur de répression sociale bâillonnant les légitimes
aspirations de la majorité des Haïtiens à une égalité des chances, ou
comme un obstacle intolérable à l'accumulation de richesses qu'il
n'est pas question de partager, selon schématiquement qu'on est riche
ou pauvre.


La catastrophe a le terrible mérite de rappeler l'intérêt pour
n'importe quelle société de bâtir des administrations publiques
capables de construire et de gérer les infrastructures indispensables
à la protection des vies humaines. Elle fournit aujourd'hui une
incitation pour les acteurs politiques à proposer un pacte national
qui s'attacherait avant tout à construire ces outils au service de
tous les Haïtiens. Le président Préval apparaît en ce sens plus que
jamais légitime à appeler dans un "gouvernement de reconstruction" les
survivants de la classe politique, du secteur privé, des organisations
de la "société civile" ainsi que la diaspora haïtienne, pour
qu'ensemble ils coordonnent l'assistance internationale et mettent en
route un programme de reconstruction institutionnelle et physique.


La communauté internationale a reconnu très rapidement après la
catastrophe son obligation de parvenir sans tarder à mieux coordonner
son assistance humanitaire, actée par la réunion du Conseil de
sécurité du lundi 18 janvier. Cette solidarité renouvelée constitue
ainsi une base politique suffisante pour la révision du mandat de la
Minustah, afin de donner à celle-ci la mission d'épauler le
"gouvernement de reconstruction" haïtien dans la mise en oeuvre du
programme que celui-ci se donnera.


Penser que la communauté internationale peut élaborer et mettre elle-
même en oeuvre ce programme est une illusion dangereuse, qui ne
pourrait qu'achever de saper la légitimité des institutions et des
acteurs politiques haïtiens.


Elle serait en revanche parfaitement légitime à focaliser l'action
politique de la Minustah sur le suivi du programme de reconstruction
du gouvernement haïtien, en fonction d'un calendrier comportant des
clauses de rendez-vous destinées à mesurer les réalisations, tandis
que, de manière transitoire, son volet militaire et policier serait
étoffé pour pallier les carences professionnelles d'une police
nationale haïtienne apparue plus fragile que ne le laissait supposer
sa consolidation institutionnelle depuis 2006.


Les agences de l'ONU, en liaison étroite avec les bailleurs de fonds,
pourraient avoir pour tâche principale de fournir au gouvernement
haïtien un accompagnement technique dans la mise en oeuvre et la
gestion de la reconstruction, sans se substituer à lui. Les blocages
ne manqueront pas, comme par le passé, de se manifester sur la
construction des bases de tout Etat prétendant fonctionner dans un
cadre démocratique (système fiscal, appareil de justice, état civil
complet et fiable servant de base à des listes électorales
exhaustives).

Laisser la possibilité aux membres du "gouvernement de reconstruction"
d'être éligibles aux prochaines élections présidentielles et
parlementaires semble suffisant pour que ceux-ci accomplissent de
bonne foi leur mission, les électeurs haïtiens se chargeant pour leur
part d'accorder une légitimité politique à ceux qu'ils en estiment
dignes.

Sophie Jouineau est politologue spécialiste des Caraïbes.

Article paru dans l'édition du 23.01.10
Source:http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/22/respecter-la-
legitimite-des-autorites-par-sophie-jouineau_1295314_3232.html
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