RAPPORT COLLIER : INTRIGUE POLITIQUE



Rapport Collier : intrigue politique
Rony Blain 16 mars 2009

Depuis Mardi, avant même l’arrivée du professeur et de la commission
onusienne à Port-au-Prince, je travaille sur le Rapport Collier pour
donner une savante réplique à l’économiste, une pratique courante dans
le monde académique.

Je cherchais sur le Net « Haïti : un pays cassé », publié l’année
dernière par Patrick Lagacé, journaliste de La Presse, l’homme que mes
compatriotes ont voulu pendre quand je suis tombé sur « Une lueur
d’espoir pour Haïti », signé Jocelyn Coulon, 28 février 2009. Avant
même de recevoir le manuscrit de Paul Collier, j’avais déjà fini de
rédiger ma contre proposition déduite de l’œuvre de Coulon.

Dans la littérature française, Rousseau rivalisait Voltaire ;
Corneille, Racine ; Descartes, Pascal. Pour mieux comprendre le sujet,
semble-t-il que les critiques ont aiguisé les hostilités.

Pour un racoin (recoin) comme Haïti, un endroit illuminé par la lune,
je crois que nos intellectuels devraient en profiter pour lancer un
Nouveau débat national.

Datant de trois semaines, mes dernières interventions sur le Net
furent en faveur du lancement d’un Nouveau débat, au centre, mes
œuvres politiques. J’ai même contacté des journalistes qui m’ont
fourni des questionnaires d’interview dont je ne cesse de décliner
depuis plus de huit mois, pour les informer de mes nouvelles
dispositions.

Le changement passe par le débat, quand la presse nationale aura cessé
de publier les mêmes articles, diffuser les mêmes informations datés
de 1957. Aliénés, nous nous contentons de recycler de vieilles
propositions, refusant d’explorer d’autres possibilités : culte des
idées fixes.

Jusqu’ici, aucune autorité scientifique haïtienne ne s’est prononcée
sur la validité du Rapport Collier. Certains ont peur d’hypothéquer
leur carrière politique, d’autres attendent une autorisation formelle
des ambassades de Port-au-Port, là où ils ont l’habitude d’aller
manger ; mais les opportunistes pencheront dans le sens de l’opinion
publique.

Certaines institutions nationales sont assez armées pour réfuter les
propositions de Paul Collier, parce qu’elles détiennent mon ouvrage «
La Nouvelle opposition », une alternative, publiée en 2007. Dans
l’introduction de ce livre j’annonce Les Emeutes de la faim : «
Bientôt la crise institutionnelle sera généralisée, la rupture
définitive. On se dirige à nouveau vers ses périodes noires où chaque
carrefour était paré de pneus enflammés. ».

Je sais qu’un « Rapport sur les armes de destruction massive » a
justifié l’invasion américaine en Irak. Quel est le mobile du Rapport
Collier ?

On a écrit plusieurs rapports sur Haïti, connaissez-vous les auteurs
et la date de leur publication ? Pourquoi, ils n’ont pas été mis à la
disposition du lectorat national ? Enfin, qu’est-ce qui est spécial
dans le Rapport Collier ? Voilà comment un expert pense, un homme
civilisé réagit ?

J’ai mis cinq ans à collecter les revendications populaires avant de
concevoir un « projet de société », bible de la problématique
haïtienne. Mais, dans l’assistance, les souffrances portent les mêmes
noms de misère dont je croyais avoir rebaptisé d’espérance.

Pourquoi cette nation qui dépasse la plus grande puissance du monde
dans plusieurs domaines renonce-t-elle sciemment à sa souveraineté ?
Tandisque des groupes militent pour créer une patrie en se faisant
exploser dans des foules hostiles, Haïti, conquête d’anciens esclaves
renie son Indépendance ?

Maintenant, je me pose cette question ? Pourquoi, de 2006 à nos jours
j’effectue un voyage annuel au pays, je visite des stations de radio,
aux journalistes qui sont venus me voir, j’ai remis des cadeaux, mais
je refuse de présenter Le Guide de la réforme haïtienne, ouvrage
proposant la création d’une vingtaine d’institutions publiques,
décentralisation politique, industrialisation, réformes agraire,
économique, académique, industrielle, sanitaire, judiciaire,
sécuritaire… cinq ans de travaux ignorés ?

Ma réponse, c’est qu’une institution devrait prendre en charge la
divulgation de mes œuvres ; mais, j’évite de m’associer aux actuels
établissements dont j’ignore la vraie mission ; le pays est pollué,
embourbé à tous les niveaux.

À chaque carrefour règne un échafaud, chaque cou porte un cordon de
souffrance.
Dans cette mer de torture, le pêcheur regarde noyer les poissons.
Tout est faux et cruel : les regards sont rusés, les propos menteurs.

La scène nationale est remplie de tonneaux vides, des casseroles
défoncées ajoutés aux tintamarres des faux prophètes. Comment gérer
ces carcasses ?

Après mon premier voyage, je comprends qu’il faut passer par une
longue période d’adaptation. Laissé étudiant, arrivé scientiste, soit
dix-neuf années d’exil, je dois éviter de troubler l’ordre public, ce
désordre affreux. Le sage disait : « Je hais la foule vulgaire, je
m’en écarte ». Ce principe éthique semble faire du Génie un éternel
martyr.

Un calvaire au front inexpugnable sépare mes rêves de la réalité
haïtienne.
Dans cet univers primitif dominé par l’instinct,
Je contemple ce convoi de cris sur la route du drame quotidien.
À certains carrefours que je traversais en hésitant
Quand enfant, je suis sorti pour la première fois sans supervision,
Je me rappelle mes anciens noms, des refrains cruels,
Les seuls êtres qui me reconnaissent après une si longue absence.
Perdu dans l’intimité de ma ville natale, embourbé dans des souvenirs
de tout âge,
J’implore le secours des anonymes pour retrouver la maison familiale.

Malgré sa science et ses bonnes volontés, Professeur Collier est
incapable de percer le secret de l’Haïtianité : potentialité
asservie.

Devoir d’écolier, le Rapport Collier rappelle le Contrat social du
Groupe des 184. Cette fois, au lieu d’utiliser des macaques haïtiens
pour faire avancer la Caravane de l’espoir, on emploie un célèbre
clown canadien.

Si un jour le pays devrait perdre sa souveraineté, les générations
futures trouveront cette lettre, qu’une plume a combattu les
envahisseurs, comme Pierre Sully tenta d’arrêter un bataillon.

Rony Blain
.



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