Victor Lévy Beaulieu commente ce qu'il a dit et ce que les autres ont





Copie d'un message reçu :
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Mise au point sur la Reine-Nègre

28 mai 2008

Victor-Lévy Beaulieu


Devant la dérive que tout un chacun fait des propos que j’ai tenus
dans L’aut’journal sur la gouverneure générale du Canada, permettez-
moi d’apporter quelques précisions sur ce que j’ai écrit là-dessus..

On m’accuse de m’être vicieusement livré à une attaque personnelle
contre la personne de Michëlle Jean. Qu’ai-je donc écrit de si
répréhensible à son sujet ? Qu’elle a été à la société Radio-Canada
une journaliste ordinaire ? En quoi le jugement que j’ai porté fait-il
atteinte aux autres qualités que possède Madame Jean ? J’ai été
longtemps critique de télévision et n’est-ce pas mon droit de porter
jugement sur le travail professionnel qu’elle faisait à Radio-Canada ?
En quoi la chose peut-elle me valoir ces accusations de racisme qu’on
m’impute depuis la parution de mon texte ?

Quelle faute ai-je aussi commise, et qui serait insultante, quand je
dis que Madame Jean a fait fi de ses convictions profondes (et les
documents pour le prouver ne manquent pas pour entériner la chose)
afin de devenir la gouverneure générale du Canada, comme par exemple
d’avoir renoncé à sa citoyenneté française à laquelle elle a souvent
prétendu tenir beaucoup ?

Bien évidemment, j’ai été fâché quand Madame Jean a accepté de devenir
la gouverneure générale du Canada parce que je la trouvais bien naïve
et peu conséquente d’accepter un poste qui est le symbole même du
colonialisme britannique qui a toujours mal servi la cause
québécoise.

Je tiens aussi à rappeler le texte que Dany Laferrière a publié dans
La Presse quand la nomination de Michaëlle Jean n’était pas encore
officielle : si elle ne devait pas être choisie, a-t-il dit, il y
aurait un grand bain de sang à Montréal. Ce n’était pas seulement
démagogique mais constituait un acte de terrorisme dont personne
pourtant n’a relevé le chantage éhonté qu’il représentait. J’aurais
écrit de pareils propos sur quelqu’un de ma race sollicité pour un
emploi prestigieux que les voix auraient été nombreuses pour me
dénoncer. Pourquoi donc cet appel à la violence n’a-t-il suscité aucun
commentaire, même pas sous forme d’un petit éditorial ? C’est qu’on
sait bien que la communauté noire aurait fait front commun derrière
Laferrière, la communauté noire étant québécoise quand elle n’est pas
critiquée, mais se transforme aussitôt en une ethnie tricotée serré
dès que l’un des leurs se retrouve sur la sellette, peu importe la
raison. Je suis capable de le comprendre même si je trouve qu’il
s’agit là d’un problème d’immaturité politique flagrant.

On m’accuse aussi d’être raciste parce que j’ai dit que madame Jean,
depuis qu’elle occupe la fonction de gouverneure générale, se comporte
comme une Reine-Nègre, de la même façon que se comportaient et se
comportent toujours les puissances toujours colonisatrices en
Afrique,
en contribuant à installer au pouvoir des chefs qui deviennent des
rois nègres. Moi qui étudie actuellement l’histoire des Rois-Nègres
africains, je peux dire que la situation des Noirs est peut-être
encore pire qu’à l’époque du colonialisme d’autrefois.

Mes détracteurs ont dit que Jeanne Sauvé et Adrienne Clarkson ont été
avant Madame Jean gouverneures générales du Canada et qu’on ne les a
pas accusées d’être des Reines-Nègres. Il y a une raison simple à
cela : Madame Sauvé et Madame Clarkson ne sortaient guère de leur
fonction apolitique. Même que Madame Clarkson, dans l’un de ses
premiers discours, disait considérer le Québec comme une société
distincte et qu’elle était résolue à travailler pour son
épanouissement, au même titre qu’elle allait le faire pour les autres
provinces du Canada, mais avec plus de sympathie encore parce qu’elle
aimait les valeurs que les Québécois défendaient. Elle était
originaire d’Asie et savait les souffrances que vivent les peuples qui
se sentent menacés. Avoir dit de Madame Sauvé et de Madame Clarkson
qu’elles étaient des Reines-Nègres aurait donc été absolument
insultant parce que totalement démagogique.

Le cas de Michaëlle Jean est tout à fait différent : dès qu’elle fut
nommée gouverneure générale, elle a oublié qu’elle devait représenter
tous les Canadiens et de façon apolitique comme le veut la fonction
qu’elle occupe. Elle a donc sauté à pieds joints dans le train du
gouvernement fédéral et, par ses prises de position, voudrait bien
nous réduire, nous Québécois francophones, à une communauté mineure
dans le grand ensemble canadian. Comme indépendantiste qui croit que
le Québec est un pays, ai-je le choix de ne pas voir en elle une
ennemie et n’ai-je pas le droit de dire qu’elle est une Reine-Nègre au
service d’un pouvoir qui rêve au jour où il aura réussi à nous
neutraliser totalement ?

Évidemment, comme les Canadiens anglais et les fédéralistes québécois
ne veulent pas qu’on fasse de débat là-dessus, on fait de moi un saint
Sébastien dont on voudrait se débarrasser. Le plus étonnant, c’est que
les radicaux dans ce domaine-là sont les gens du Bloc québécois. Il
est vrai toutefois qu’ils ne parlent plus d’indépendance depuis belle
lurette, et qu’ils se contentent de défendre prétendument les intérêts
du Québec à Ottawa. Gilles Duceppe ressemble de plus en plus au
maréchal Pétain, heureux comme un poisson dans l’eau de se montrer
plus canadian que les Canadians, contribuant ainsi à l’établissement
d’un Canada en apparence uni et fonctionnant plutôt bien. Si Barak
Obama avait eu le manque de courage de Gilles Duceppe, il ne se serait
jamais lancé dans la course à l’investiture présidentielle américaine,
les sondages ne lui accordant pas plus de voix que Gilles Duceppe en
avait quand il lança sa campagne vite avortée contre Pauline Marois.
S’il avait persisté, s’il y avait mis toute sa passion, s’il avait
proposé véritablement un projet de pays et de société, pourquoi
n’aurait-il pas, comme Barak Obama, renversé la vapeur ? Aujourd’hui,
voilà Gilles Duceppe forcé à jouer le rôle d’un petit roquet à Ottawa.
C’est d’un tragique sans nom dont je crains fort que les Québécois se
souviendront aux prochaines élections fédérales.

Pour terminer, ce petit mot encore sur le racisme dont on m’accuse. Si
je l’étais, aurais-je écrit tous ces ouvrages dans lesquels j’ai salué
les mouvements de libération des Noirs, ceux des mulâtres de
l’Amérique du Sud, ceux des Métis de l’ouest canadien, ceux des
Indiens de l’Amérique du Nord, et serais-je en train d’écrire un roman
sur les Rois-Nègres mis au pouvoir par les puissances de l’Occident
afin de s’enrichir sans mauvaise conscience au dépens de peuples qui
ne cessent de s’appauvrir ? Si j’étais raciste comme tous ces
fanatiques qui me menacent aujourd’hui de me casser la gueule, aurais-
je accepté l’invitation de Dany Laferrière de passer quelque temps en
Haïti avec lui parce que j’admire la résistance difficile et
courageuse de son peuple qui représente le seul pays francophone dans
les Amériques ?

Pour le reste, tout ce qui grouille, grenouille et scribouille n’a à
mes yeux pas plus de conséquences que cela en eut dans d’autres
circonstances. Nous vaincrons. Nous finirons bien par vaincre en dépit
de la Reine-Nègre, du maréchal Pétain et des racistes canadian



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