HAITI -- Déclaration publique d'Éricq Pierre
- From: Annette <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: Fri, 16 May 2008 05:35:56 -0700 (PDT)
Copie d'un message reçu :
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Texte de la première déclaration publique d’Ericq Pierre après le
rejet de sa candidature
L’ancien Premier ministre désigné expose sa vision de la gouvernance
politique, associe le vote négatif des Députés à la volonté des
"forces de la corruption" de lui barrer la route et laisse planer le
doute sur les intentions réelles du Président René Préval et de son
Premier ministre sortant, Jacques-Edouard Alexis
jeudi 15 mai 2008,
Radio Kiskeya
DECLARATION DE MONSIEUR PIERRE ERICQ PIERRE, EX- PREMIER MINISTRE
DÉSIGNÉ
1. Je voudrais remercier le Président René Préval qui, en deux
occasions, m’a proposé pour occuper la fonction de Premier Ministre de
mon pays. Je remercie aussi les Sénateurs, les Députés, les partis
politiques et les organisations de la société civile qui m’ont
publiquement honoré de leur confiance. J’étends ces remerciements aux
journalistes de la presse parlée, écrite et télévisée qui m’ont
accompagné pendant tout le processus et qui ont fait preuve à mon
endroit d’une objectivité qui les honore. Je remercie de façon
spéciale mes collaborateurs qui ont bénévolement accepté de
m’accompagner et de suivre à la lettre mes consignes. Je félicite les
membres de la Concertation des Parlementaires Progressistes ( CPP)
pour leur victoire. Je leur souhaite aussi bonne chance.
2. Mon nom complet est Pierre Ericq Pierre. C’est ce nom qui figure
dans mon acte de naissance, sur mes passeports et dans mes documents
officiels. Je suis Haïtien et je n’ai jamais renoncé à ma nationalité.
Tout comme je n’ai jamais obtenu ni sollicité la résidence en pays
étranger. Si certains Parlementaires estiment que je ne suis pas un
Haïtien d’origine, ils se réfèrent sans doute à des critères qu’ils
sont les seuls à pouvoir définir.
3. J’avais accepté d’être désigné au poste de Premier Ministre et de
mettre mes plus de 40 années d’intégrité au service de mon pays, parce
que je m’étais persuadé que, en plus de l’expérience et de la
compétence, notre pays a un urgent besoin de placer au timon des
affaires, des hommes et des femmes intègres, étrangers aux combines et
capables de prendre de la hauteur pour travailler avec succès à
l’amélioration des conditions d’existence du peuple haïtien. Je
m’étais dit que, pour affronter les multiples défis qui nous
interpellent, il faudrait abandonner la politique politicienne, avoir
foi dans la capacité de nos compatriotes, ceux de l’intérieur comme
ceux de la diaspora. Du point de vue de la gouvernance générale, je
m’étais dit que la priorité absolue de mon gouvernement serait de
restaurer la confiance, d’aider mes compatriotes à regagner confiance
en eux-mêmes et dans la patrie commune.
4. Mais, dès le début du processus, je me suis heurté aux forces de la
corruption. Mon refus de pactiser avec elles me vaut aujourd’hui
d’être écarté par la Chambre des Députés. Les mots « patrie » ou «
intérêt du pays » n’ont jamais été présents dans les messages des
émissaires qui me pressuraient pour négocier en faveur de leurs
protégés des postes de Ministres, des enveloppes d’argent ou des
projets pouvant faciliter leur réélection. J’ai toujours professé que
je n’accepterais pas d’être Premier Ministre à n’importe quel prix.. Et
je ne pouvais pas non plus prendre des engagements qui
hypothèqueraient les ressources du Trésor Public avant même d’entrer à
la Primature. J’ai aussi voulu jouer cartes sur table, refusant
d’entrer dans le jeu de ceux-là qui pensent pouvoir se cacher
indéfiniment derrière un masque anti-néolibéral.
5. Je ne vis pas la décision de la Chambre des Députés comme un drame
personnel. Après ma rencontre avec les membres de la Concertation des
Parlementaires Progressistes (CPP) qui avaient accepté de me
rencontrer, sur demande du Premier Ministre Jacques Edouard Alexis qui
lui-même avait acquiescé à une requête du Président de la République,
j’étais convaincu que le CPP n’allait pas m’appuyer. A moins que le
Président de la République ou le Premier Ministre Jacques Edouard
Alexis arrivent à persuader les membres de la Plateforme LESPWA qui
ont rejoint le CPP de m’accorder leur vote. Ceci n’a pas eu lieu et je
ne veux pas spéculer sur ce qui s’est passé.
6. L’une des raisons qui m’ont aussi porté à accepter la désignation,
c’est parce que j’ai vécu très douloureusement les événements du début
d’avril : les manifestations contre la cherté de la vie, la violence,
le pillage et l’absence des pouvoirs publics. J’ai eu l’impression
d’assister à une répétition pour une pièce de théâtre tragique.. La
politique n’a pas besoin d’être un jeu de massacres. Je m’étais dit
qu’il fallait éviter à tout prix ce genre de situation et qu’il
fallait faire mentir ceux-là, Haïtiens et étrangers qui professent que
rien de bien, rien de grand et rien de beau ne peut sortir d’Haïti.
Moi, par contre, je persiste à dire à qui veut m’entendre dans la
communauté internationale que les problèmes de mon pays sont grands
certes, mais que le peuple haïtien est plus grand que ses problèmes.
7. Comme Chef de gouvernement, j’allais m’imposer des impératifs de
clarté, de simplicité ainsi que de rigueur. Je me préparais à faire
vite et bien des choses concrètes. De mon point de vue, la politique
de tout gouvernement doit être facile à comprendre : par les
parlementaires qui doivent l’approuver et se l’approprier, par les
ministres qui doivent l’appliquer, par le secteur privé qui doit être
un partenaire privilégié, par les associations socioprofessionnelles,
les organisations populaires, les syndicats, les ouvriers, les
étudiants, les paysans et par le grand public qui doit bénéficier de
ses retombées.
8. Je m’étais préparé à expliquer, encore expliquer, toujours
expliquer. Une exigence de vérité allait présider à la politique de
communication de mon gouvernement. Cette exigence se serait traduite
par la transparence de son agenda. Les programmes d’actions seraient
connus de tout le monde. Et les calendriers de mise en œuvre auraient
été publiés de même que les rapports détaillés du budget de la
République. En cas de dérapage du calendrier, l’opinion publique
aurait été informée des causes de ce dérapage. En plus des média
traditionnels, les nouvelles technologies de l’information et de la
communication seraient mises à profit pour rendre ces informations
disponibles rapidement. Le gouvernement ferait ainsi régulièrement le
bilan de son action et publierait ouvertement ce bilan, en
reconnaissant les lenteurs et les erreurs éventuelles.
9. La moralisation de la vie publique aurait été renforcée. La Loi sur
le patrimoine qui permet la vérification de la transparence du
patrimoine des élus, des hauts fonctionnaires, des membres du
gouvernement, de leur entourage immédiat et des Parlementaires aurait
été appliquée dans son intégralité .De même, les abus liés aux
chantages politiques, à l’usage des pots-de-vin, aux passe-droits, aux
trafics d’influence et au harcèlement sexuel auraient été réprimés.
10. Malgré les limitations du Document de Stratégie Nationale de
Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSNCRP), puisqu’un
consensus semble avoir été trouvé pour en faire le document de
référence du gouvernement, nous estimions que la feuille de route de
l’équipe gouvernementale était assez simple. Voilà pourquoi, après
l’analyse des trois piliers prioritaires et des multiples domaines
d’intervention contenus dans ce document, nous en avions tiré six
grands axes qui se déclinaient comme suit : (i).-Combattre la vie
chère (Cet axe ne figure pas vraiment dans le DSNCRP, mais nous
estimons qu’il était décisif pour la crédibilité du gouvernement.)
(ii).-Assurer la relance de l’emploi et de la production nationale des
biens et services. (iii).-Relancer la production agricole et la
protection de l’environnement. (iv).-Moderniser l’État. (v).-
Poursuivre et amplifier l’effort pour l’éducation et la santé. (vi).-
Assurer le bon fonctionnement de la justice et combattre l’insécurité.
11. Nous nous proposions de mettre tout en en œuvre pour accélérer
l’exécution des projets et établir à cet effet des critères de
performance pour l’évaluation des activités des ministères et
organismes impliqués dans la réalisation de ces travaux. Je considère
en effet qu’il n’est pas normal, que pendant que nous sollicitons
quotidiennement des ressources fraiches de nos partenaires
internationaux, nous n’arrivions pas à utiliser, dans des délais
raisonnables, les ressources déjà mises à notre disposition alors que
nos communautés crient famine et que le chômage règne en maitre.
12. Nous pensions prendre des mesures pour coordonner effectivement la
coopération internationale, approfondir et institutionnaliser les
rapports avec la République Dominicaine, et définir une feuille de
route en vue d’une meilleure coopération avec la MINUSTAH .
13. Je m’étais donc préparé à faire une différence et j’allais
demander à mes collègues du gouvernement d’éviter que leur compassion
pour les pauvres ne se transforme ni en indifférence pour les moins
pauvres ni en haine pour les riches. Mais, j’avoue que j’avais sous-
estimé le poids des forces de la corruption. Je reste cependant
confiant que mes compatriotes, femmes et hommes, jeunes et moins
jeunes, de l’intérieur et de la diaspora, ne se laisseront pas
éternellement intimider par lesdites forces.
14. Il nous faut maintenir la stabilité politique et renforcer la
cohésion sociale. Ceci implique un engagement réel de la part de tous
les acteurs de la vie nationale.
Port-au-Prince, le 15 mai 2008
P.S M. Pierre a lu cette déclaration liminaire lors d’une conférence
de presse à l’hôtel Montana, à Pétion-Ville.
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