Haiti-- Société-- Les taximotos : la nouvelle vogue dans les campagnes
- From: Annette <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: Tue, 13 Nov 2007 13:05:48 -0800
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HAÏTI/TRANSPORT / Les taximotos : la nouvelle vogue dans les campagnes
par Phoenix Delacroix
phedelacroix@xxxxxxxx
On les rencontre sur toutes nos routes, ces motos, exploitées à fond.
« Se lajan’w ki pou rete’w. Mwen pare pou mwen menen’w kote’w vle
ale». Jean, taximotoman, lance à brûle-pourpoint ces propos à son
interlocuteur d’un air de défi. Chevauchant sa mécanique, il esquisse
quelques manœuvres hardies pour impressionner le voyageur qui vient
marchander ses services. Notre bonhomme, visiblement heureux, sourit
derrière son casque.
Tout joue en sa faveur : sa moto neuve, l’absence de ses concurrents
partis faire le décompte de la journée, l’impatience du passager,
l’heure assez avancée. « Toutes les conditions sont réunies pour une
bonne affaire », se dit Jean qui se rappelle les consignes à appliquer
dans ces genres de situation. Alliant expérience, intuition et
psychologie, il applique toujours à la lettre les conseils que lui
avait prodigués son instructeur avant de se lancer dans cette
profession toute nouvelle en Haïti.
Il est cinq heures de l’après-midi, heure indue pour quelqu’un
désirant se rendre à Grigri (Côtes de Fer). La scène se passe à
Carrefour Fond des Blancs (Saint-Michel du Sud). « Cinq cents gourdes
», se décide enfin Roger, prêt à payer le prix pour ne pas rater son
rendez vous. « Cent gourdes de plus et partons », lui réplique
aussitôt le gaillard qui rabaisse d’un geste brusque sa visière avant
de déclarer avec conviction : « Dans une heure environ, tu seras à
destination ».
Il n’en fallut pas plus pour convaincre Roger de partir à l’aventure.
Dans un passé encore récent, il n’aurait eu d’autre choix que de
passer la nuit chez un ami avant de prendre la route à pied le
lendemain. Il tressaille encore d’effroi en pensant à ces longues et
harassantes marches de toute une journée presque. Pour remonter son
moral, il se remémore les récits de ses amis vantant les exploits des
« bèt seren », (surnom donné aux conducteurs de taximotos qui n’ont
pas d’heure pour prendre la route) et pense déjà au lit douillet qui
l’attend.
Révolution dans les campagnes
Penser la vie sans penser taximoto est désormais impossible dans nos
campagnes. Fini le temps des longues marches. Personne, les écoliers
aussi bien les marchands, ne prend plus la route à pied. Partout, on
recourt aux services des taximotos. Le phénomène est, rappelons le,
récent. Il est apparu au milieu des années 90 au niveau de quelques
grandes et moyennes villes du pays en dedans, avant de se généraliser
dans presque toutes les communes éloignées et difficiles d’accès.
Toutefois, les observateurs ne s’accordent pas sur son origine.
Ouanaminthe en aurait la paternité pour ceux qui soutiennent que nos
compatriotes du Nord’Est on dupliqué les fameux motors (motòl)
dominicains. Pour d’autres, la pratique a vu le jour à Jacmel, classée
incontestablement, aujourd’hui, ville des taximotos. Quoi qu’il en
soit, la motocyclette quelle que soit sa marque, a conquis nos
campagnes. On les retrouve désormais partout ces engins à deux roues,
de La Vallée à Ouanaminthe en passant par Bainet, Côtes de Fer, Aquin,
L’Asile, Petit-Goâve, Saint-Marc, Plaisance, pour l'usage privé ou
public, sur nos routes et nos sentiers. Dans le nord, les marques
japonaises dominent, tandis que dans le sud les chinoises font la
loi.
Rouler plus vite
Les taximen ne s’imposent pas de limites. On les retrouve sur toutes
nos routes et mêmes nos sentiers les plus inaccessibles. Ils
exploitent à merveille les raccourcis pour économiser du carburant.
Pourvu que le client accepte d’en payer le prix, ils sont prêts à se
rendre jusqu’au bout du monde. Ils simplifient la vie à plus d’un. «
Se lajan’w ki pou rete’w », entendons souvent dire au niveau des
circuits. Le culte de la vitesse est encouragé par le changement des
mœurs de nos campagnards. Les écoliers et les marchands sont
incontestablement les grands bénéficiaires de cette pratique qui fait
gagner du temps, mais comporte de grands risques. Les accidents sont
en effet courants et parfois graves.
Chaque taximan a ses clients fidèles. Aux heures de pointe, avant
l’entrée des classes, on peut croiser facilement dans les rues un
transporteur avec quatre passagers et bagages. Les prix varient d’un
circuit à l’autre, selon les distances et l’état des routes. Ils
peuvent atteindre jusqu’à mille gourdes au niveau d’Aquin, de Côtes de
Fer et de Bainet. Ils ne dépassent pas généralement cinquante gourdes
dans le nord, sauf pour les trajets intercommunaux ou les «frets » de
nuit.
LE MATIN mardi 13 novembre 2007
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