Haiti -- Universté --MANIGAT_S -- Face au vandalisme : zéro tolérance
- From: "Annette" <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: 20 Mar 2007 06:42:27 -0700
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Éditorial LE MATIN du 20 mars 2007
Face au vandalisme : zéro tolérance
Par Sabine Manigat
sabinemanigat@xxxxxxxxxxxxxxxx
L'agression dont a été l'objet une équipe de tournage dirigée par la
cinéaste bien connue Rachèle Magloire (Le Matin du 19 mars) n'appelle
pas seulement des protestations et condamnations que l'on espère
unanimes. Certes, la protestation de l'équipe de cinéastes victimes
souligne avec raison le caractère arbitraire du comportement des
étudiants agresseurs : confiscation de matériel, poses de petits chefs
(la cigarette arrachée des doigts d'un membre de l'équipe), attitudes
de chahuteurs, bref ambiance et pratiques de vandalisme. Il n'y a pas
d'autre mot. Mais, de plus, ce grave incident pose une série de
problèmes à la croisée desquels on retrouve la condition et le destin
de la jeunesse de ce pays, les quelque soixante pour cent qui
constituent celui-ci, bref ce que l'on désigne couramment comme le
futur de la nation. Et dans ce domaine comme dans celui de la
délinquance les tentations sont grandes de mélanger les choses.
On a affaire à de l'arrogance, bien sûr. Le fait qu'un petit groupe
d'étudiants en mal de valorisation s'érige en contrôleurs de l'espace
universitaire au point de prétendre décider de qui peut y pénétrer et
pour quoi faire, relève tout simplement de l'immaturité. La plus
naturelle réaction de fermeté de la part des responsables sur place
aurait dû transformer cet épisode en un désagrément aussi momentané
que passager pour l'équipe de tournage. Malheureusement, il semble que
l'espace de la FASH ait été privé de toute autorité généralement
quelconque pendant... quatre heures de temps environ.
Il s'agit de violence aussi, et ici encore point n'est besoin d'aller
chercher bien loin l'inspiration. L'image qui stigmatise le pays
depuis trop longtemps est bel et bien entretenue entre autres par ce
type de comportement outrancier qui ne traduit guère plus que les
pulsions destructrices d'une société qui, au fond, refuse d'oser :
oser sanctionner, oser condamner, oser changer. La violence, c'est
tellement plus facile, plus familier, plus confortable même, dirais-
je, que l'effort de reconnaissance et de respect de l'autre. Ces
jeunes n'ont rien connu d'autre dans une existence qui, pour beaucoup
d'entre eux, commence avec la bamboche démocratique à la sauce de la
violence militariste d'État de l'après 1986.
Sans oublier que la violence chez les jeunes (d'aucun diraient la
violence-jeune) est à la fois une réalité de l'époque et un trait «
sectoriel » ou générationnel (comme la générosité, il faut aussi le
souligner) qui demande à être canalisé de diverses façons sous peine
d'avoir à gérer des montées dramatiques, comme celles qui ont
caractérisé la France par exemple, il y a quelque deux ans. Comme
aussi, pour ceux qui connaissent cette réalité, la violence étudiante
et universitaire en général (car elle était également le fait de
certains enseignants et responsables) qui sévissait dans plusieurs
universités mexicaines dans les années 70 et 80.
Bref, les considérations, analyses, explications ne manquent pas pour
mettre en contexte un incident de ce genre. Et lorsqu'on se rappelle
les expériences «GNB», ou encore l'agression contre cette même faculté
de l'Université d'État un certain jour de décembre 2003, on ne peut
qu'acquiescer au commentaire rempli d'amertume de Rachèle qui constate
qu'au cours de ses expériences de journalisme à risque, au cours des
années 1980 et 1990, elle n'a pas eu à sacrifier une seule cassette
comme ce fut le cas à la FASH la semaine dernière.
Eh oui. Car le temps ne passe pas en vain et les dérives que charrient
nos pratiques de complaisance et de défaitisme face aux
responsabilités que nous devons prendre, les aînés comme les jeunes,
pour ensemble changer ce pays, ces dérives se font de plus en plus
graves à mesure que nous dévalons la pente de l'irresponsabilité. A
l'université, nous avons perdu l'espace, nous avons perdu les repères
faute d'adopter et de respecter une charte à la mesure de nos
aspirations post dictatoriales. Puis les ressources aussi se sont
réduites à une peau de chagrin, les ressources matérielles mais aussi,
de façon dramatique car bien plus difficile à compenser, les
ressources humaines. Les étudiants d'aujourd'hui sont à l'image de
cette université vandalisée, dévalorisée, saccagée. Il revient à ceux
d'entre nous qui veulent encore y croire de faire face au gâchis
lucidement, conscients des responsabilités qui incombent à nos
générations mais sans tolérance devant l'inacceptable et sans baisser
les bras face aux surenchères délinquantes qui ne méritent rien
d'autre que de bonnes et exemplaires sanctions. À ce stade, le décanat
de la FASH est déjà en retard et le recteur de l'UEH n'aurait pas dû
avoir à recevoir la lettre (lire en page 3) que lui ont adressée
Rachèle et son équipe.
LE MATIN mardi 20 mars 2007
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