Haiti-- Affaire SOCABANK -- Le sénateur Fortuné persiste et signe



Copie d'un message reçu :
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Le sénateur Fortuné persiste et signe

« La résolution votée par le Sénat a été monnayée »



Quelque cinq jours après que le Sénat eut voté la résolution annulant
les décisions de la Banque de la République d'Haïti (BRH) relatives à
l'insolvabilité de la Société caraïbéenne de banque S.A (Socabank), le
sénateur du Sud, Jean Gabriel Fortuné (Fusion) persiste et signe : «
des sénateurs qui ont voté cette résolution ont reçu des pots-de-vin
en échange de leur vote ».

Cette résolution du Sénat de la République, contrairement aux
propositions faites par la commission des Finances de la Chambre
basse, préconise une solution négociée entre la BRH et la Socabank. De
plus, elle exige que lumière soit faite sur les auteurs des
malversations relevées dans la gestion de la Socabank et contre
lesquels doivent être appliquées les sanctions prescrites par la loi.
Après les accusations de Gabriel Fortuné, des sénateurs ont réclamé
des preuves. Une douzaine de pères conscrits ont pris part à une
réunion tenue hier lundi au Parlement sous la direction du président
Joseph Lambert. Le sénateur du Sud devrait apporter des documents
prouvant qu'il y a eu versement de pots-de-vin. Mais, affirme Gabriel
Fortuné, à cause de l'absence de certains des parlementaires impliqués
dans cette affaire, rien n'est sorti de cette réunion de plus de
quatre heures.

« J'ai exercé mon droit de réserve », déclare le sénateur Fortuné qui
dit disposer de suffisamment d'éléments pour soutenir ses accusations
qui provoquent un véritable scandale au Sénat de la république.
Gabriel Fortuné affirme agir « dans le but de contribuer à la création
d'un autre État, d'un autre pays ». « Je ne contribuerai à aucune
forme de mafia », avertit-il.

Dans le souci de trouver une issue à cette crise, le président du
Sénat a proposé la tenue d'une rencontre entre les sénateurs Rudy
Heriveaux (Lavalas) - absent à la rencontre d'hier - Jean Gabriel
Fortuné et lui-même. Le sénateur de Fusion a catégoriquement refusé,
déclarant qu'il n'y a rien à négocier et que cette question doit être
traitée avec la majorité des sénateurs et en séance publique.

Selon Gabriel Fortuné, l'homme d'affaires haïtien Franck Ciné, PDG de
la compagnie de téléphonie mobile Haitel, aurait versé plus de US $
200, 000 dollars américains à un groupe de sénateurs afin d'obtenir
leurs votes en faveur de la dite résolution. Certains sénateurs
auraient reçu $20,000 dollars américains alors que d'autres ayant
également voté la résolution n'auraient reçu pas plus de US $ 2000 à
5000. Le sénateur Fortuné révèle en outre qu'« une autre somme a été
réclamée par des sénateurs après le vote de la résolution. Mais,
Franck Ciné, bien qu'il leur ait donné rendez-vous, est parti pour
l'étranger». Gabriel Fortuné sollicite par ailleurs « plus
d'explications de la BRH sur les transactions frauduleuses commises
par l'ancienne administration de la Socabank ».

Les parlementaires réagissent

Le premier sénateur de la Grand'Anse, Michel Clérié (Fusion) regrette
que « les sénateurs ont voté si prématurément cette résolution. On
pourrait en discuter davantage et attendre l'assemblée du 3 février
prochain ».

Le sénateur Evallière Beauplan prend le contre-pied de la déclaration
du premier sénateur de la Grand'Anse. « La BRH n'est pas là pour
accaparer les actions d'une autre banque. Le processus est
discriminatoire. Donc, il est normal que les sénateurs votent en
faveur de cette résolution présentée par la commission des Finances du
Sénat », soutient- il.

Partisan de la résolution votée, le sénateur du Nord, Kelly Bastien
(Lespwa) explique que « la BRH est à la fois juge et partie dans ce
dossier. Après des discussions, elle s'est montrée prête à tout
laisser tomber. La politisation du dossier a abouti au fait que
l'Exécutif affiche une certaine partialité envers la BRH alors qu'il
devait en être autrement».

D'autres partisans de la résolution estiment que « l'Exécutif aurait
dû consulter le Parlement sur la question car les deux chambres
avaient été saisies du dossier depuis quelques mois ». Certains
d'entre eux menacent d'adopter des mesures de destitution à l'encontre
de Gabriel Fortuné pour ses déclarations dites «gratuites et non
fondées». Menaces contre lesquelles le sénateur Fortuné réagit en
prévenant : « Je lâcherai ».

Exécutif VS Législatif

De l'avis de plusieurs observateurs, « une crise se dessine entre
l'Exécutif et le Parlement déjà éclaboussé » à l'heure où d'autres
crises institutionnelles ne sont toujours pas résolues. Pour le
sénateur Beauplan, « cette crise est en état latent. L'Exécutif n'agit
pas directement ».

Le ministre des Affaires étrangères, Raynald Clérismé, précise pour sa
part que « l'Exécutif est en attente du rapport préliminaire des trois
avocats mandatés dans le but d'assister et de représenter l'Etat
haïtien dans les poursuites provoquées par l'état d'insolvabilité de
la Socabank ».

Mais Gabriel Fortuné est clair : « La résolution constitue une
réplique directe à l'arrêté présidentiel pris le 19 janvier dernier en
appui à l'engagement des 3 avocats mandatés.

C'est extrêmement grave que des membres de la 48e législature se
soient engagés dans une entreprise de consolidation d'une véritable
mafia financière en Haïti, contre de justes mesures de la BRH et de
l'Etat haïtien visant la préservation et la sauvegarde de certains
intérêts », a déploré Gabriel Fortuné, cité par Radio Kiskeya.. Les
sénateurs impliqués dans le vote de la résolution souhaitent que celle-
ci ait force de loi par sa publication, aux bons soins de l'Exécutif,
dans le journal officiel de la République, Le Moniteur.

Marc-Kenson Joseph

jmarckenson@xxxxxxxxxxxxxxxx



LE MATIN du 30 janvier 2007

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