Re: Haiti -- Société -- TROUILLOT -- À quoi sert le pouvoir ?
- From: "annick" <asoudiere@xxxxxxxxxxx>
- Date: 18 Jan 2007 14:16:13 -0800
Mon cher Lionel Trouillot , j'ai médité ce texte.Et ma mémoire m'a
alors joué des tours.M'est revenue en mémoire une expérience ,une
expérience de rien du tout.Je vais te la conter.
J'étais dans un taxi collectif avec un ami très cher(il m'a TOUT
appris de ce que je sais sur Haiti...je ne te dis pas son nom )et monte
avec nous une jeune fille...On se parle durant le trajet n'est-ce
pas?...et elle lui dit qu'il est un moins que rien parce qu'il est avec
une vieille française.L'ami est intelligent(et n'est pas mon amant) et
va me montrer en un rien de temps de quoi il retourne.Il lui dit en
créole(la très jeune fille ne sait pas que je comprends "je vais
être député".Je ne peux même pas vous expliquer le revirement de
situation.Je vous passe les détails...mais la jeune fille a insisté
pour lui donner son numéro de téléphone.point barre comme ils
disent.
Annette ha escrito:
Copie d'un message reçu :
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Une question fondamentale. Un texte à méditer. Souhaitons que ce
dernier soit lu et surtout compris par tous nos princes, petits princes
(priceaux et princettes), et les inombrables candidats princes qui
attendent leur tour. Et puis aussi par tous les autres... pourquoi pas?
A*
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À quoi sert le pouvoir ?
Par Lyonel Trouillot
lyoneltrouillot@xxxxxxxxxxxxxxxx
Du point de vue du simple citoyen, il est insupportable que chaque
semaine, quand c'est une bonne semaine, chaque jour de la semaine
quand la semaine est mauvaise, des représentants des trois pouvoirs
étalent aux yeux du monde, par voie de presse et de scandales, des
querelles tantôt absurdes et ridicules, tantôt profondes et
inquiétantes, toujours évitables selon la loi et le bon sens,
toujours désolantes dans un pays où il est nécessaire de
réconcilier l'État avec la nation.
Les relations entre les pouvoirs et les relations entre les différents
corps d'un même pouvoir sont bien définies par les lois
haïtiennes. Les limites des pouvoirs des uns et des autres sont
fixées. On peut ajouter à cela que la compétence sociologique
qu'on est en droit d'attendre d'un responsable des affaires
publiques devrait suffire à indiquer à chacun ce qu'il a le pouvoir
de faire, et ce qu'il ne convient pas de faire même quand il en
aurait le pouvoir, vu la situation actuelle du pays qui commande la
pondération.
Le pays est fatigué des querelles entre tel juge et tel officier de
police, entre tel ministre et tel directeur général, entre tel
parlementaire et tel fonctionnaire de l'exécutif, entre le personnel
judiciaire et tout le monde. Le pays en est fatigué et y perd beaucoup
de son temps, de sa dignité, et ce qui n'est pas ici moins
important, de son argent.
Ces querelles déplorables coûtent du temps. Le temps des services que
les élus et fonctionnaires ont pour mission d'offrir à la nation.
Elles coûtent de l'argent. Puisque l'argent reçu par les élus et
fonctionnaires ne se justifie que par les services qu'ils offrent. Et
le temps de leurs engueulades, empoignades, tirades et réparties,
c'est du temps volé à leurs mandants et administrés. Et enfin,
quel est l'effet de ce spectacle quasi permanent de hauts
responsables de l'État s'accusant de tous les crimes ! Comme si
l'on était ici plus bête qu'ailleurs, plus sauvage qu'ailleurs,
ou tout simplement plus ignorant de son devoir qu'ailleurs. Comme si
l'urgence, pour certains la seule urgence, était de faire valoir son
pouvoir, et de foutre le feu à la République dans l'unique but de
faire reconnaître ce pouvoir.
Pourquoi un élu engage-t-il son véhicule dans une voie à sens unique
? Pour servir ses mandants ? Qu'est-ce que les habitants de la
localité qu'il représente y gagnent ? Rien. Qu'est-ce qu'ils
gagnent à une levée de boucliers parlementaires sur une affaire de ce
type ? Le parlementaire a commis une effraction. On peut la juger
légère, mais on ne peut pas la justifier comme un droit ou un
privilège et on ne peut surtout pas faire valoir son pouvoir. Un
incident qui aurait sans doute trouvé une solution si chacun y était
allé de sa sagesse. Une (petite ?) faute. Voilà qu'on
l'accompagne d'une faute de goût (étaler cela sur la place
publique) et d'une faute d'éthique. Et qu'est-ce qu'on n'a
pas entendu de bêtises... (par exemple que la présence d'un élu ou
d'un haut fonctionnaire dans un véhicule en fait une sorte de temple
mobile inviolable qui peut dévaler n'importe quelle rue dans
n'importe quel sens, si l'élu montait un âne, le pauvre
bourriquot en serait-il devenu une bête officielle ?) Et faut-il
qu'un fonctionnaire frappe le parlementaire ayant violé la loi ?
Bien sûr que non. Si c'est le cas...
Il y a vraiment quelque chose d'indécent dans ces jérémiades et
ces menaces d'élus ou de hauts fonctionnaires ou du personnel
judiciaire (donnons la palme à qui la mérite : le personnel
judiciaire) qui réclament qu'on respecte leur pouvoir de faire
n'importe quoi sauf ce que la loi et la nation attendent qu'ils
fassent.
On a taxé de démagogique le spot que la présidence fait diffuser sur
les ondes pour rappeler aux « autorités » qu'ils sont tenus de
respecter les règles de la circulation. Il n'est pas si démagogique
que ça. Peut-être trop compliqué pour certains de ceux à qui ils
s'adressent. La question du langage qu'il faut trouver pour amener
les « autorités » à penser responsabilité et non exercice
arbitraire de leur « pouvoir » demeure un casse-tête politique et
pédagogique. Les partis devraient peut-être tenir école... Les
partis devraient réclamer de leurs membres qui occupent des fonctions
politiques d'avoir des comportements exemplaires. Il n'y a pas de
« petit » arbitraire.
Allez, messieurs et dames, cessez de gaspiller l'argent, le temps de
la nation et d'avilir L'État dans des querelles indignes ne
dépassant pas l'âge mental de la garderie d'enfant. La
république n'a pas besoin de « grenn plen » réclamant le
privilège d'une « fonction pouvoir » mais de serviteurs ne
cherchant pas à légitimer leurs écarts et travaillant dans la
concorde pour le bien commun.
LE MATIN mardi 16 janvier 2007
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