Haiti-- Societe-- TROUILLOT-- 2007 Entre le doute et l'espérance



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Verite sou tanbou

LE MATIN 9 janvier 2007



2007 : Entre le doute et l'espérance



par Lyonel Trouillot



L'année commence mal. Les faits divers et anecdotes ne sont pas
réconfortants: Aux Gonaïves, soit que quelqu'un ait voulu se moquer
du président, soit que l'impréparation ait atteint son niveau
maximal, la République a souffert le ridicule d'une sonorisation
défectueuse ; à Pétion-Ville, le marché a brûlé. À Port-au-
Prince, des cambrioleurs ont visité le parquet, emporté dossiers et
pièces à conviction. Cela semble annoncer une chronique de
l'absurde.

À côté de ces incidents malheureux, il y a le « pale anpil » sans
consistance qui domine le discours public. Il man que souvent à nos
discours l'analyse du réel et la reconnaissance de nos propres
limites et capacités. Que peut-on changer ? Et comment agir ? Que
peut-on faire en 2007 ?

Les pleurnicheries des uns et les fanfaronnades des autres ne nous
rendront pas la partie de notre souveraineté que nous avons perdue. Il
est indispensable de la reconquérir. Qu'allons-nous faire pour cela
? Nous : le gouvernement et la société. Il faut que la société
formalise cette demande, que la fin de la mission des Nations unies en
Haïti devienne un objectif collectif de la société, et que le
pouvoir politique, l'Exécutif et le Parlement mènent une politique
qui conduise à cela.

Et puis la vraie question sociale : production de richesses, partage
des richesses. Tout est là. Et dans l'égalité citoyenne qu'il
faut rendre effective. Qu'allons-nous faire en 2007 pour faire face
à ces problèmes, à ces exigences? Les Haïtiens seront-ils plus
haïtiens en 2007 qu'en 2006 ? C'est-à-dire membres d'une nation
protégée par l'enveloppe d'un État démocratique. Avec des
droits garantis. Des repères identitaires toujours enrichis de
nouveaux apports.

Ce n'est pas sûr.

Le débat sur la société n'a pas beaucoup progressé. On voudrait
même croire qu'il est inutile. Que tous les problèmes sont posés
et les solutions claires. Alors qu'il faudrait, qu'il faudra
continuer de débattre.

L'année commence comme celle qui la précède s'est achevée. Sur
une routine du mal vivre, et quelques efforts de la part de l'État
pour tenter de résoudre quelques problèmes : l'insécurité, le
rationnement électrique.

Rien de grand. Rien de nouveau. Apparemment.

Mais comme disait un poète à nous, il y a « un peuple qui veut
s'ouvrir à la vie ».

Il faut donc croire qu'en cette année 2007 les partis politiques
vont mériter ce titre qu'ils se donnent, qu'on comprendra pourquoi
tel se dit social-démocrate, tel autre démocrate-chrétien. Il faut
croire que le gouvernement sera plus clair dans sa lutte contre la
pauvreté, dans sa politique sociale, dans sa politique tout court. Il
faut croire que la société civile ne passera pas son temps à se
plaindre mais ouvrira un dialogue entre classes, catégories, groupes
sur ce contrat social dont on parlait hier.

L'année ne commence pas bien mais il est trop tôt pour
désespérer. Il faut croire que chacun jouera sa partition et aidera
l'autre à jouer la sienne.

L'année commence timidement. Entre le doute et l'espérance.

LE MATIN 9 janvier 2007

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