Haïti-- Insécurité -- Lettre ouverte au Président Préval



Copie d'un message reçu :
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Haïti - Insécurité : Lettre ouverte d'un citoyen ordinaire au
président Préval

« La nation a besoin de savoir si vous et votre gouvernement avez fait
option préférentielle pour les hors la loi au grand dam de toutes les
familles haïtiennes ? »

mardi 19 décembre 2006

Par Armand Louis, ingénieur, enseignant

Document soumis à AlterPresse le 18 décembre 2006

Monsieur le président,

Je vous salue au nom de la patrie commune et prends la responsabilité
de vous écrire en ce jour anniversaire de la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme (10 décembre), devant le péril de la barque
nationale pour vous faire les remarques suivantes en vue d'un sursaut
patriotique pour le sauvetage de notre nation en détresse.

Après votre 1er mandat de cinq ans, de 1996-2001, vous êtes retourné
dans votre région natale, dans les hauteurs de Marmelade pour aller
encadrer les paysans de la zone, disait- on. Tout le monde a salué cet
acte de portée hautement symbolique dans un pays où la mégalomanie
des hommes habitués du pouvoir n'est plus à démontrer.

Mais à l'approche des élections de 2006, quand on parlait de votre
possible réélection au timon des affaires de l'État, un goût amer
est revenu sur les lèvres et beaucoup se demandaient sceptiques
comment l'équipage d'un navire abandonné en pleine tempête sur
une mer démontée par son capitaine avec le seul canot de sauvetage,
lequel équipage qui, par miracle est arrivé au port, pourrait à
nouveau et de bon sens porter son dévolu sur ce même capitaine pour
un autre voyage plus lointain et plus périlleux que le précédent .

Ironie du sort ! Ô peuple sans mémoire, condamné à la fange, au
destin funeste et cruel ! Vous êtes réélu comme président
d'Haïti pour cinq autres années. Désenchantement de la raison
dit-on. Certains présageaient le chaos, d'autres le statu quo ante,
une autre catégorie plus clémente prévoyait une certaine
amélioration au niveau de la sécurité, une autre tranche encore
prétendait que pendant le premier mandat, vous aviez eu les mains et
les pieds liés. Maintenant, vous êtes libre de vos mouvements, votre
vraie personnalité va apparaître, etc.

Monsieur le président, depuis votre accession au pouvoir le pays
n'est pas dirigé. On est en train de vivre une descente aux enfers.
C'est le saut de tout un peuple vers l'abîme effrayant du
désespoir.

Monsieur le président, dans toutes les communautés et dans tous les
pays civilisés du monde, de la nuit des temps à aujourd'hui, les
bandits, les criminels, les assassins, les kidnappeurs, les voleurs,
les brigands sont considérés comme des gens qui nuisent à la paix et
à la stabilité d'une nation, et ces États s'organisent en
mettant tout en oeuvre pour qu'ils soient mis hors d'état de
nuire. On se demande avec effroi comment aujourd'hui, Haïti
doit-elle servir de laboratoire expérimental pour la cohabitation des
citoyens paisibles avec les brigands et ceux qui détruisent la
société ? Revêtu de quel masque, une certaine organisation de droits
humains ou les Nations-Unies ou les Etats-Unis, ou la France ou le
Canada ou certains latinos en mal de puissance ou d'hégémonie
oserait imposer ou proposer à notre pays de négocier avec les bandits
et les assassins en les soudoyant, alors que chez eux ces malfaiteurs
sont dans les liens de la prévention pour être rééduqués et payer
ce qu'ont mérité leurs forfaits.

Monsieur le président, la nation a besoin de savoir si vous et votre
gouvernement avez fait option préférentielle pour les hors la loi au
grand dam de toutes les familles haïtiennes ? Pour combien de temps
encore tout un peuple, de ceux qui sont à la mamelle jusqu'au
dernier des vieillards, doivent être, au grand mépris des
gouvernants, livrés comme des brebis à la boucherie, à la furie des
mécréants ? Est-ce que pour continuer à survivre dans ce pays qui
est notre, tout le monde doit se transformer en bandit ou en hors la
loi ? Puisque de l'avis de tous, les bandits sont accompagnés,
encadrés et récompensés pour tous les crimes et les actions
abominables qu'ils ont perpétrés contre la nation.

Monsieur le président, le pays n'a jamais été aussi en danger et
la vie collective n'a jamais été aussi menacée. Vous et votre
gouvernement êtes les premiers responsables de ce désastre et il est
navrant de constater comment vous abandonnez certaines parties du
territoire, notamment la capitale à la foudre des terroristes et à
l'hypocrisie des occupants impies qui sont venus ajouter à nos
malheurs l'absinthe et le poison de leur haine séculaire.

Monsieur le président, un chef d'État est quelqu'un de
responsable et ne devrait être ni un lâche, ni un endurci, ni un
indifférent. Ce devrait être avant tout, comme un père de famille
qui se soucie du bien-être de chacun de ses enfants et qui irait même
au sacrifice quand la survie de sa maison est menacée.

Monsieur le président, il nous est très pénible de comprendre votre
indifférence et celle de votre gouvernement face au drame de
l'insécurité. Le message que nous recevons de ce style de
leadership nous donne l'impression que nous sommes en train de vivre
le renversement total des valeurs et que notre survie doit désormais
dépendre de notre seule férocité.

D'aucuns diraient, Monsieur le président, que vous n'avez que
quelques mois au pouvoir et que vous êtes encore à votre période de
rodage. On n'a pas besoin d'être grand clerc pour voir que vous
êtes mal parti. Un pays en crise multiforme ou généralisée ne peut
être dirigé comme un pays normal ; un pays en agonie ne peut-être
gouverné par des improvisateurs ; pour toute situation exceptionnelle,
il faut des hommes exceptionnels et des mesures exceptionnelles.

On n'a pas besoin d'une communauté internationale pour nettoyer
les rues de leurs détritus ; on n'a pas besoin d'une communauté
internationale ou d'une association des droits humains pour dire que
les délinquants doivent être contrés. D'ailleurs, cette
communauté internationale a son propre agenda et elle cesserait
d'exister s'il n'y avait pas des pays comme Haïti qui doivent
être en crise permanente pour justifier leur présence et leur
Mission.

En vérité, il n'y a pas un seul chef d'État dans le monde qui
ait réussi à améliorer les conditions de vie de son peuple en se
soumettant servilement aux injonctions des étrangers. Il n'y a pas
un chef d'État dans l'histoire des peuples qui ait réussi à
tirer son pays du gouffre sans avoir un coeur qui puisse compatir à la
misère de ses concitoyens et qui puisse souffrir avec ceux qui
souffrent.

Monsieur le président, nous vivons l'heure du grand défi, l'heure
des grandes décisions. Il faut un homme de vision et de volonté, un
homme qui a le sens des grandes responsabilités avec une équipe de
patriotes avisés, capables de privilégier les seuls intérêts de la
nation en désarroi.

Comprenez bien que l'histoire ne vous absoudra pas, si vous continuez
avec cette politique de laisser-faire, laisser-dire et vous n'allez
pas nous redire en fin de mandat et désespérément : "Naje pou nou
soti..."

Monsieur le président, faites preuve de grandeur d'âme, arrêter
l'hémorragie. Montrez que vous méritez de la patrie. Nous et nos
femmes, nos fils et nos filles, nos pères et nos mères, nos grands
parents, nos proches et nos voisins ... le pays tout entier, la
postérité enfin vous seront reconnaissants.

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