HAITI -- Société -- MANIGAT_S -- L'Université écartelée



Copie d'un message reçu :
-------------------------------------

Éditorial LE MATIN du 1er septembre 2006



De la rentrée : l'Université écartelée


Par Sabine Manigat

sabine.manigat@xxxxxxxxxxxxxxxx



La rentrée est déjà là. On en parle un peu dans tous les domaines
d'ailleurs : économique, politique et parlementaire, et bien entendu
éducative. Et pour changer elle s'annonce houleuse et difficile. Oh
! Rien de très nouveau puisqu' à défaut de mettre la main à la
pâte nous avons la vertu de répéter les mêmes litanies à propos
des mêmes situations. En tout cas, en attendant d'y voir un peu plus
clair sur les analyses, les points de vue développés et surtout les
dispositions prises par diverses instances - législatives et
exécutives - concernées plus particulièrement par ces dossiers,
j'en suis à méditer aujourd'hui sur la rentrée universitaire à
propos de quelques petites nouvelles de signes divers.

Je n'appellerai pas « Alma Mater » ce que l'Université d'État
d'Haïti est devenue aujourd'hui, ne serait-ce que par respect pour
ceux qui l'ont connue telle. Il n'en reste pas moins qu'il
s'agit effectivement de la seule institution publique responsable de
la formation de nos élites. Les problèmes de cette université ne
datent pas d'aujourd'hui et ce n'est pas la première fois
qu'ils sont la matière de ces colonnes. Mais dans le climat actuel,
qui voit reculer systématiquement l'autorité de l'État face au
moindre mouvement de contestation et à la veille de la rentrée
universitaire, ce qui se passe est cause d'alarme.

Il y a quelques semaines les conditions d'entrée à la faculté des
Sciences (FDS) étaient dénoncées comme assimilables à un contexte
de « jungle ». On sait que cette faculté est l'une des plus
prisée par les dizaines de milliers de bacheliers en quête de
formation supérieure. Voici aujourd'hui qu'à la faculté
d'Odontologie des étudiants de la première année se mettent en
grève après avoir .... échoué à leurs examens de fin d'année !
« Échec dû, selon Rebecca Dorvilus, membre du comité de crise, à
l'implantation d'un nouveau système, dit système joséphien, par
le doyen Ernst Joseph dans le cursus académique » (Le Matin du 31
aout). Or le nouveau système en question consiste en l'introduction
de nouveaux cours ainsi que l'établissement de critères de
réussite plus rigoureux. Ainsi entre autres mesures la note de passage
pour un cours a fait l'objet d'une opération « upgrade » pour
s'établir à 65 sur 100, autrement dit la norme dans de nombreux
établissements supérieurs d'ici et d'ailleurs. Tel est le crime !

Dans le même temps on apprend ce matin jeudi qu'un nouveau groupe
«d'étudiants progressistes » a initié un mouvement de
contestation du rectorat dans son ensemble. Les arguments avancés sont
nombreux et divers... J'ai cru comprendre qu'il s'agit à la fois
de souligner les problèmes de gestion de l'institution, de niveau,
de qualité du corps enseignant et de l'enseignement (tiens-tiens !)
d'une part ; et aussi de protester contre la mollesse ou les
manquements du rectorat dans la gestion du dossier du 5 décembre 2003.
Je ne suis pas certaine de bien comprendre le lien entre les deux
choses et je soupçonne plutôt le montage d'un plaidoyer ad hoc. En
tout cas je comprends mal qu'une fois de plus les méthodes de «
dechoukay » soient toujours les seules mises en avant par des
étudiants qui par ailleurs prétendent défendre l'excellence.

Et puis, cette note concernant les élections à l'Inaghei que j'ai
relevé au départ avec une pointe d'humour. Notre collègue
Desrosiers (Le Matin 31 août) relève que, alors que des candidats ont
présenté de véritables documents électoraux - il a vu un feuillet
de 40 pages - aucun n'a pu répondre à la question de savoir
combien d'étudiants compte l'institution qu'ils prétendent
diriger. J'ai souri, j'ai envie de dire : No comment. Mais pourtant
non, il faut au contraire souligner, commenter, dénoncer cette dérive
qui fait de nous de mauvais acteurs d'un vaudeville qui déforme,
dénature et finalement gaspille sans même les avoir éprouvés tous
les ressorts de ce système démocratique que nous disons vouloir
construire. Tout le monde peut tout faire, tout dire, tout briguer.
Personne n'est responsable. Dès lors, faut-il s'en étonner? À
une campagne politique faite de posters, de slogans, de lieux communs
correspond aujourd'hui une campagne universitaire faite de bluff, de
théâtre et d'ignorance ronflante. Et nous continuons à nous taire,
spectateurs désabusés et irresponsables.

LE MATIN vendredi 1er septembre 2006

.