Haiti -- Société -- TROUILLOT -- Malheurs en boucle
- From: "Annette" <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: 23 Aug 2006 06:15:20 -0700
Copie d'un message reçu :
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Malheurs en boucle
Par Lyonel Trouillot
lyoneltrouillot@xxxxxxxxxxxxxxxx
Un père qui bat sa fille de vingt ans jusqu'au sang, parce qu'elle
parlait avec un garçon. Personne, ni l'employeur (parce que la jeune
fille travaille), ni le quartier, ni les voisins, ni la famille, n'a
pensé à appeler la police. Triomphe de la violence domestique. Merci
beaucoup, papa, merci beaucoup...
Une voix sale, méchante, à la radio, qui dit que le recteur de
l'université n'a jamais prouvé qu'on lui avait brisé les
genoux. Personne n'avait tapé sur les étudiants. Personne
n'était entré à la faculté des Sciences humaines. Personne
n'avait attaqué des manifestants à coups de nerfs de b?uf. Tout
cela ne fut que mensonge, pure fiction. Un procès bidon, sans témoin
à charge. Cette justice qui est devenue le lieu privilégié de la
honte dans un pays où l'on a tant de raisons d'avoir honte. Merci,
madame la justice, merci beaucoup.
Des organisations étrangères de défense des droits humains, aveugles
aux faits, qui transforment à l'envi les bourreaux en victimes.
Qu'importe la vérité ! La voie est libre. Demain, X entrera dans un
marché, brisera la marchandise, les étals, les os et la chair des
marchandes et deviendra par la suite un prisonnier politique. Demain, X
tuera, et tant que les morts ne se seront pas levés pour clamer leur
statut de morts, X deviendra un prisonnier politique. Merci Londres,
merci beaucoup.
Une communauté internationale qui ne voulait pas d'un deuxième
tour, qui aime les raccourcis quand les peuples sont pauvres et «
habitués à la violence ». Un candidat à la présidence qui
n'avait pas osé dire que les conflits électoraux se règlent
d'abord par les moyens institutionnels. Aujourd'hui, les voilà
face au discours du se mwen ki te fè manifestasyon, se mwen ki te ba w
kenbe pou entèl. Merci aux hommes politiques et aux diplomates
spécialisés dans l'art des comptages nocturnes, merci beaucoup.
Certains médias qui ouvrent leurs micros aux menaces, aux injures, aux
promesses de violence, aux pinga à la société et à l'État... Un
jour, nous aurons droit à radio Mille collines. Merci aux ondes de
mort, merci beaucoup.
Une mère qui inscrit son enfant dans toutes les institutions scolaires
étrangères de Port- au-Prince. À tout hasard, l'essentiel est que
l'enfant ne fréquente pas une école haïtienne, il faut mettre
toutes les chances de son côté. Une mère qui n'a pas les moyens
d'une modeste institution privée haïtienne. L'une travaille chez
l'autre. Chaque jour, la misère côtoie l'aliénation. Merci à la
bêtise et l'injustice sociale. Merci beaucoup.
Une structure associative qui, malgré ses limites, ses contraintes,
semblait réunir des énergies positives de différents milieux, qui
servait de lieu d'expression des contradictions sociales et d'un
discours reconnaissant la nécessité de combattre les mécanismes
d'exclusion et d'entrer en démocratie réelle. Une structure
associative qui, forte de cette légitimité, pouvait dire non et
proposer. Tant qu'elle donnait l'impression de ne pas vouloir le
pouvoir politique. Une candidature malheureuse et quelques habitudes
sociales seront passées par là. Il est de ces camions qui prennent la
mauvaise route. Merci aux « il faut que ce soit moi », merci
beaucoup.
Un père qui bat sa fille...Des organisations étrangères.
Le pire toujours là, comme une chaise musicale...
LE MATIN mardi 22 août 2006
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