Haiti -- Enseignement Supérieur -- DOLLIN --La formation à la Faculté de Droit et des Sciences économiques
- From: "Annette" <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: 9 Aug 2006 14:21:10 -0700
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ÉDUCATION / Repenser la formation à la Faculté de droit et des
sciences économiques
par Carly Dollin
carlydollin@xxxxxxxxx
Après la proclamation des résultats de la session ordinaire du
baccalauréat le week-end écoulé, des milliers de bacheliers frappent
à la porte de l'université avec un objectif avoué : obtenir un
diplôme d'études supérieures. La qualité de l'enseignement
n'est pas nécessairement prise en compte. Pourtant, au secondaire
comme au niveau de l'enseignement supérieur en Haïti, elle
constitue un problème crucial. Sur le marché du travail, c'est le
savoir-faire qui fera la différence. L'une des manifestations de ce
savoir-faire demeure la réalisation d'un mémoire de sortie qui
donne droit à l'étudiant au diplôme universitaire. Et là,
l'étudiant haïtien accuse un déficit énorme. Le cas de la
Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE),
particulièrement dans la section économique, est patent et mérite de
retenir l'attention. Dans les autres centres universitaires
haïtiens, privés ou publics, la situation n'est pas moins
inquiétante.
De 1994 à 2005, sur environ 6000 recrues en douze ans, la Faculté de
droit et des sciences économiques (FDSE) enregistre seulement 646
licenciés. Cette quantité qui représente un taux de diplômés de
10,77 % traduit la faiblesse des étudiants en termes de connaissances
acquises à l'issue du cycle d'études de quatre ans. Pourtant, le
diplôme ou la licence constitue un document essentiel pour la
poursuite des études. Pour bénéficier d'une admission à une
université étrangère pour des études de maîtrise ou des études
doctorales, la licence est souvent incontournable. Cependant, rares
sont les étudiants de l'Université d'État d'Haïti (UEH) qui
arrivent à franchir cette étape.
Sans surprise, au niveau de la Faculté de droit et des sciences
économiques, le problème de mémoire se pose avec beaucoup plus
d'acuité pour les étudiants du Département des sciences
économiques que pour ceux de la section juridique. En témoigne
l'écart considérable entre les licences délivrées aux deux
options de ladite Faculté. Des 646 licences délivrées au cours de la
période 1994 - 2005, seulement 89, soit 13,8 % des licences sont
l'?uvre d'étudiants en économie. Cette disparité entre les
options s'observe également pour les écoles et facultés de droit
des villes de province. Certaines de ces facultés n'ont même pas
encore enregistré une soutenance pour la section économique.
Quels sont donc les déterminants du manque d'incitation ou
l'incapacité des étudiants à présenter, après leur cycle
d'études, leur mémoire de sortie pour obtenir leur diplôme ?
Pourquoi le problème est beaucoup plus crucial pour la section
économique que pour la section juridique ? L'éradication de ce
phénomène demeure un sujet patent pour les responsables de la
formation supérieure de l'Université d'État.
Un manque d'incitation à la recherche à la FDSE
Au cours de sa formation académique, l'étudiant est souvent
contraint de remettre des devoirs, des mini projets, de présenter des
exposés, etc. Ces travaux qui exigent des recherches assidues ne sont
pas malheureusement une pratique à la Faculté de droit et des
sciences économiques (FDSE). Cette culture de rédaction de devoirs
collectifs ou individuels qui puissent donner à ces étudiants une
habitude de recherche et de manipulation des outils informatiques
n'est pas encore implantée au sein de ladite faculté. Ces outils se
révèlent pourtant indispensables particulièrement en économie où
les modèles économiques, qui doivent être soumis à des
vérifications, obligent l'application de logiciels statistiques
et/ou économiques tels E-views, SPSS, SAS. Toutefois, ce n'est que
dernièrement, et seulement en quatrième année, que ces étudiants de
l'économie bénéficient d'une formation sporadique dans
l'application des logiciels de base (word, excel) et d'un logiciel
de référence en traitement économétrique (E-views).
Une réforme visant à inverser le sort malheureux de ces étudiants,
qui s'intègrent difficilement sur le marché du travail en raison de
leur faible compétitivité par rapport à certains autres étudiants
haïtiens, doit s'amorcer. Comment peut-on demander à un étudiant
de rédiger un document de plus de soixante pages sans avoir la bonne
habitude de rédiger des minis-documents de quelques dizaines de pages.
Que dire de l'incapacité de saisir un texte, d'élaborer des
modèles, de procéder à des simulations, et surtout d'effectuer des
recherches électroniques ? Qu'il soit en droit ou en économie, un
minimum de connaissances en informatique est censé être inculqué à
ces étudiants pour leur permettre une certaine aisance dans la
rédaction d'un texte scientifique. Il faut une incitation à la
recherche dès la première année, pas un simple cours théorique de
méthodologie.
Difficultés liées à la rédaction du mémoire
L'étudiant n'étant pas seul à s'embarquer dans la rédaction
de son mémoire (ou projet), il doit entrer en contact avec un ou des
professeur (s) pour le superviser. Cependant, l'Université d'État
d'Haïti ne dispose pas d'un nombre suffisant de professeurs
disposés et disponibles pour accompagner les étudiants dans
l'élaboration de travaux de mémoire. En nombre insuffisant, les
quelques professeurs à temps plein dont dispose l'université ne
s'acquittent même pas de leurs tâches. Pire encore, en raison
certaines fois du thème de recherche qu'il vise à développer,
c'est en général sans succès que l'étudiant se met à la
recherche d'un superviseur. Dans certains cas, l'étudiant est
obligé de payer un professeur pour l'accompagner dans son travail de
recherche. Quel tort fait aux étudiants!
L'opportunité offerte par les Nouvelles technologies de
l'information et de la communication (NTIC) n'est pas saisie par
ces étudiants, malgré eux. Combien d'entre eux sont en mesure de
profiter des avantages de l'Internet, la plus grande source de
recherche qui donne généralement des réponses aux différentes
préoccupations de tout chercheur ? C'est une absurdité de demander
à un étudiant de produire un texte qui nécessite l'application de
logiciel de traitement statistique et/ou économétrique sans qu'il
n'ait été jamais introduit à de pareilles notions sur un
ordinateur.
Un autre problème qu'il convient de mentionner est celui de
l'absence de documentation et l'accès difficile ou impossible aux
informations nécessaires à la réalisation de ce travail. De
nombreuses recherches ne sont pas arrivées à terme en raison de
l'impossibilité de satisfaire au côté empirique, exigence de la
science moderne qui doit concorder avec la théorie.
Promouvoir la recherche à l'Université
Si on veut que le problème de rédaction de mémoire soit résolu, et
surtout faciliter une meilleure intégration des étudiants sur le
marché du travail, il faut penser à mettre un cadre approprié à la
recherche, avec des professeurs, des laboratoires, le matériel
nécessaire tel qu'il devrait être conçu à l'université. Les
mémoires qui font objet de débours importants sont censés être pris
en compte par l'entité qui se doit d'assurer le bon fonctionnement
du système.
Cette année, une noble initiative a été conçue pour atténuer la
dérive de la formation au sein des écoles et facultés de droit et
d'économie des provinces à travers la mise sur pied d'un pro-
gramme de professeurs itinérants. Ces professeurs ont participé dans
un premier temps à un atelier de perfectionnement sur la formation
supérieure avant d'être déployées dans certaines des provinces
où une demande d'urgence a été adressée pour renforcer le staff
professoral. Cette même initiative pourrait être mis à profit par la
Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince qui
fait face à de sérieuses difficultés dans les ressources et les
outils de base de la recherche.
Dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), on ne
cesse de mettre l'accent sur l'éducation qui constitue l'épine
dorsale de toute société qui voudrait emprunter la route vers la
modernité, la croissance et le développement durable. Ce niveau ne
saurait être atteint sans l'appui de techniciens et de cadres (en
économie, en droit...) qui puissent contribuer au développement
endogène à travers l'élaboration de programmes et de plans de
développement viables et durables. Les rennes de l'administration
publique et du secteur privé seront entre les mains des étudiants
d'aujourd'hui. Nous devons leur inculquer les bons outils qui
puissent les rendre compétitifs pour faire face aux exigences du
nouvel ordre mondial.
LE MATIN mercredi 9 août 2006
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