Re: Éditorial-- Sabine Manigat-- Des atavismes qui hantent l'Amérique
- From: "Gwo Mango" <boukman2003@xxxxxxxxx>
- Date: 26 Jan 2006 10:18:19 -0800
Annette wrote:
> Copie d'un message reçu :
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>
> Éditorial LE MATIN du 26 janvier 2006
>
>
>
> Des atavismes qui hantent l'Amérique
>
> par Sabine Manigat
>
> Du nord au sud du continent, les questions ethniques, raciales,
> culturelles s'entrelacent aux questions sociales et économiques de façon
> particulière; un tribut à l'histoire, sans aucun doute. Les sociétés
> américaines doivent toutes un grand quelque chose au choc des
> civilisations et des peuples, produits de la conquête européenne. Et aux
> relations d'exploitation, d'exclusion et de stigmatisation racistes nées
> des rapports d'asservissement qui ont présidé à leur conformation, d'
> abord en tant que colonies, puis comme nations indépendantes. Et là
> justement, à ce point charnière et tout à la fois de rupture
> historique - la formation de la nation - là se situe l'un des points
> problématiques soulevés par la « polémique » Vargas Llosa - Galeano
> actuellement diffusée sur le web et dans l'opinion publique de la
> région. Un échange symptomatique en vérité.
>
> Pour le résumer en quelques phrases : dans un article paru dans le
> journal argentin La Nación l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa raille
> le « tralala » qui entoure selon lui l'accession à la présidence de la
> Bolivie de Evo Morales. Souligner les origines ethniques et culturelles
> du président de la Bolivie relève selon lui d'un nouveau racisme promu
> par une « gauche stupide » qui encense « des personnages comme le
> vénézuélien Hugo Chavez, le bolivien Evo Morales et la famille Humala au
> Pérou ». Vargas Llosa estime pour l'essentiel que « poser le problème de
> l'Amérique latine en termes raciaux (...) équivaut à vouloir remplacer les
> préjugés stupides et intéressés de certains Latino-américains qui se
> croient blancs contre les Indiens, par d'autres (préjugés) tout aussi
> absurdes, des Indiens contre les blancs. » D'ailleurs Evo Morales « .... n'
> est pas un indio à proprement parler, bien qu'il soit né dans une
> famille indigène pauvre » car « en Amérique latine les notions de "
> indio " et de " blanco " (ou de « noir » ou de « jaune ») sont
> culturelles plus que raciales, et elles sont imprégnées d'un contenu
> économique et social ». Nèg Rich se milat. Pour des raisons d'espace je
> passe sur les considérations qui amènent l'auteur de « La Fête au Bouc »
> à fustiger ces « nouveaux caudillos barbares » de « racistes,
> militaristes (qui) se jactent d'être des nationalistes ». La définition
> suivante se passe de commentaire : « Le nationalisme, c'est la culture
> des incultes, une entéléchie idéologique construite de façon aussi
> obtuse et primaire que le racisme (son corollaire inévitable), qui fait
> de l'appartenance à une abstraction collectiviste - la nation - la
> valeur suprême et la carte d'identité privilégiée d'un individu. »
>
> À ceci Galeano a réagi en dénonçant « cette histoire de caudillos
> barbares » comme « la résurrection de l'un des mythes les plus chers,
> les plus profonds des maîtres du pouvoir en Amérique latine, le mythe de
> la civilisation et de la barbarie. (...) Il s'agit d'un acte d'
> autodénigrement, un héritage colonial... » Il signale au contraire que l'
> accession à la présidence de Evo Morales « marque pour la Bolivie l'
> avènement d'une ère très importante d'affirmation de son droit à la
> souveraineté pleine, qui inclut la souveraineté sur ses ressources
> naturelles ».
>
> Pas question de s'immiscer dans cette querelle des grands même si on a
> ses options préférentielles... Par contre il y aurait tant à dire sur les
> échos de ce texte dans notre nation à nous. Je vous en livre une en
> réaction à ma lecture. D'abord, un constat que d'autres auront fait
> peut-être au contact des cultures et des sociétés latino-américaines :
> le facteur ethnique comme catégorie explicative est plus présent à
> gauche qu'à droite en Amérique latine. Je pense, entre autres, à José
> Mariátegui (encore un Péruvien !). Là où la gauche (ses courants
> majoritaires) a intégré en général l'oppression des indigènes et des
> Noirs dans l'analyse des conflits sociaux et des luttes de classes, la
> droite a eu tendance à banaliser, voire à délégitimer cette
> problématique en la qualifiant de « préjugé social et économique avant
> tout » (Vargas Llosa). Par contre, chez nous en Haïti, c'est à gauche
> que s'est faite traditionnellement l'analyse critique, voire la
> relativisation de la « question de couleur ». Mieux, le nationalisme
> souvent chatouilleux concernant cette question a suscité des attaques à
> gauche, dans l'histoire des idées politiques en Haïti. C'est le poids de
> l'histoire, encore une fois : le dépassement politique de cette question
> au nom de l'unité en 1803 est bien une marque apportée par la révolution
> haïtienne à l'héritage du continent. Le progrès, le dépassement des
> conflits, paraissent inévitablement chez nous conditionnés à l'union «
> des couleurs » qui disqualifie les différences qui lui sont nuisibles.
> En ce début de XXIe siècle, on aurait pu penser que ces débats sont
> largement surannés ici et là. Tant d'eau a coulé sous les ponts, tant de
> luttes sociales ont projeté en avant les questions sociales et
> économiques en Amérique latine, du Guatemala à l'Uruguay, tant de
> déboires nous a coûté le noirisme à l'épreuve du pouvoir. Et pourtant
> Evo Morales fait couler de l'encre et chez nous une certaine
> polarisation est insinuée dans le cadre de la campagne électorale.
>
> N'empêche... Cette Amérique latine nouvelle qui embrasse Evo Morales et
> Michèle Bachelet, Hugo Chavez et Tabaré Vásquez dans un même élan
> divers, non exempt de divergences mais dépositaire d'un même destin,
> regarde décidément dans la même direction. Celle de la préservation des
> identités et des patrimoines mis au service de l'avenir, c'est-à-dire,
> du développement. Comme l'a si simplement, si magistralement dit la
> présidente élue Michèle Bachelet pour le Chili, il s'agit de construire
> ce continent "para gente de todos los colores, credos y convicciones,"
> pour les gens de toutes les couleurs, toutes les croyances, toutes les
> convictions. E nou menm, ki kote nou prale ?
Nou pral vote Preval...pou mem rezon yo.
m. para genet de todos colores.."
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