Quel avenir pour Haïti ?
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- Date: Mon, 19 Dec 2005 10:51:57 -0800
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La question du jour et d'hier. Sera-t-elle la question de toujours?
A*
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Quel avenir pour Haïti ?
19 décembre 2005
Débat
Par Michel Julien [1]
Soumis à AlterPresse le 16 décembre 2005
Tandis que le monde, au cours des vingt-cinq dernières années, était en
pleine mutation- chute du mur de Berlin en 1989 puis réunification de l’
Allemagne, fin de l’Union Soviétique en 1991, attentats du 11septembre
2001 à New-York, guerre en Irak en 2003, mondialisation de l’économie-
Haïti, de son côté, poursuivait sa désintégration. Au cours de cette
longue période, outre de brefs moments d’espoirs, on constate que seul
le recul est permanent. Ces dernières années ont été vraiment néfastes
pour notre pays. En janvier 2004, au moment même où nous rendions
hommage à nos Héros et célébrions le bicentenaire de notre indépendance,
la déstabilisation se poursuivait. Le tableau est très sombre. Le destin
de notre pays paraît de plus en plus préoccupant et fragile, parfois
même tragique. Deux siècles après la formidable victoire de Vertières,
une seule question reste toujours d’actualité : que voulons-nous donc,
nous Haïtiens, pour la première République noire indépendante du monde ?
Ce papier, qui ne veut en rien correspondre à une analyse factuelle du
cas haïtien, propose de préférence une réflexion sur l’approche
typiquement haïtienne des deux dernières crises politiques de 1986 et de
2004, malgré le fait que l’ONU et la communauté internationale tiennent
une place de plus en plus grande en Haïti. Sans rien enlever à sa
pertinence, il soulèvera probablement plus de questions qu’il ne donnera
de réponses.
Parce que, le plus souvent, dans l’Histoire des peuples, les moments
critiques ont provoqué l’éveil de la conscience nationale, suscité de
grands élans de solidarité et le dépassement des citoyens, nous avons
jugé important de revenir sur deux périodes transitoires agitées,
1986-1990 et 2004-2006, pour essayer de mieux comprendre pourquoi elles
n’ont pas permis d’aboutir, dans le cas d’Haïti, à des résultats
comparables à ceux d’autres pays, le Chili ou les Philippines par
exemple. Les Chiliens, après la cruelle dictature de Pinochet de 1973 à
1990, ont pu redresser la situation de leur pays qui est, aujourd’hui,
en pleine croissance. Les Philippins, à l’instar des Haïtiens, ont vécu
en 1986 la fin brutale du régime corrompu de l’ex président Ferdinand
Marcos et se trouvaient au bord de la guerre civile après des années de
graves troubles. Pourtant, grâce aux interventions conduites par
certains de leurs leaders, le Cardinal Sin par exemple, grâce à de
difficiles compromis au sein de la société civile et de la classe
politique, ils ont réussi à traverser la période critique et depuis
lors, en dépit des difficultés, ont pu organiser cinq élections
présidentielles pour choisir leurs nouveaux dirigeants. En considérant
le parcours de ces deux pays, une question s’impose. Se peut-il alors
que les élites et les leaders sociaux et politiques haïtiens, concernés
par la gestion de la crise nationale, ne se soient pas élevés à la
hauteur des défis à relever et n’aient pas convenablement assumé leur
responsabilité ? Comment expliquer la détérioration constante du climat
politique haïtien depuis 1986 ?
Faisons un bref rappel historique. Dès novembre 1985, divers signes
précurseurs annonçaient la fin prochaine du gouvernement de Jean-Claude
Duvalier. Celle-ci s’est concrétisée en février1986 et avec la chute de
Duvalier fils, prenait fin, au bout de vingt-neuf ans, le long règne
Duvaliériste. Le pays a frôlé le désastre et l’explosion sociale, car d’
un côté, se trouvaient les « forces démocratiques » qui ont beaucoup
souffert au cours de cette longue dictature et de l’autre, les tontons
macoutes ainsi que tous les duvaliéristes qui perdaient leur pouvoir qu’
ils croyaient éternel et absolu. Un climat de vengeance, de tension, de
déchouquage et de panique générale s’est instauré dans le pays avec, à
tout moment, le risque d’une guerre civile. C’était une période très
instable, douloureuse, dominée par l’Armée d’Haïti. Quatre longues
années ont été nécessaires pour s’en sortir. D’éphémères gouvernements
militaires et civils, le plus souvent dépassés par les évènements, se
sont succédé sans pouvoir vraiment améliorer la situation qui se
dégradait. Corruption, magouille, violence, vol, élections frauduleuses,
des crimes de toutes les sortes caractérisaient le pays. Et c’est
seulement après des échecs répétés d’interminables et d’intenses
négociations que les élections de décembre 1990 ont pu enfin se tenir,
sous la forte pression de la communauté internationale. Ainsi donc, en
quarante-huit mois, nos leaders nationaux ne sont pas parvenus à se
concerter en vue de dégager un consensus politique et de faciliter la
constitution d’un gouvernement d’unité nationale. De 1986 à 1990, un
seul compromis politique sérieux mérite, à notre humble avis, notre
attention. Il concernait le choix de Jean-Bertrand Aristide comme
candidat à la présidence dans le but d’empêcher l’élection d’un
duvaliériste notoire. Bref, l’histoire semble, dans une large mesure, se
répéter en 2004. En effet, malgré l’absence de l’Armée d’Haïti et une
certaine stabilité à la tête de l’exécutif, l’actuelle période
transitoire 2004-2006 semble comparable, sur bien des points, à celle de
1986-1990. Aussi, parce que plus proche de nous, servira-t-elle
davantage de référence à notre réflexion car notre intérêt est de mieux
comprendre le rôle et la contribution de la classe politique haïtienne
dans la résolution ou la non résolution de la crise nationale.
Au début de 2004 comme au début de 1986, sur l’échiquier politique
haïtien, on retrouve, en première ligne, deux principales forces
politiques qui s’affrontent. D’une part, les alliés du mouvement
Lavalasse avec à leur tête, leur leader et président Jean-Bertrand
Aristide qui, après avoir été chassé du pouvoir par un coup d’état
militaire en septembre 1991, revient au pays en octobre 1994 après de
longues et dures négociations et un embargo commercial, accompagné des
troupes militaires américaines, pour terminer son premier mandat
présidentiel. Réélu en 2001 pour succéder à M. René Préval, soutenu par
ses partisans face aux pressions de l’opposition qui réclamait sa
démission, il revendique le droit de gouverner et de terminer, selon les
prescrits de la Constitution, son mandat de cinq ans débuté le 7 février
2001. D’autre part, les partis d’opposition, toutes tendances
confondues, regroupés au sein de la Convergence démocratique, oeuvrent
ardemment afin de renverser, au plus vite, le pouvoir lavalassien dont
ils contestent l’arrogance et toute légitimité depuis les élections
législatives frauduleuses de mai 2000. Depuis cette date, le climat dans
le pays n’a pas cessé de se détériorer et la crise s’est davantage
aggravée après 2003. En effet, le Groupe 184, réunissant des
représentants de toutes les couches sociales, s’est joint à l’opposition
traditionnelle pour dénoncer la gestion autocratique et catastrophique
du président et de son gouvernement et exiger leur démission. D’où de
grandes manifestations parfois violentes opposant les lavalassiens à
leurs adversaires. La situation, aux yeux de plusieurs observateurs,
était désespérante et faisait même craindre, à certains moments, une
guerre civile, tellement les points de vue étaient irréconciliables.
Sans chercher à juger de la justesse ou de la légitimité des causes, des
attitudes et des positions respectives des uns et des autres dans ce
conflit, car ce n’est pas notre propos, il nous semble cependant
probable que l’alliance des partis et des mouvements de l’opposition a,
dans une certaine mesure, contribué à la chute d’Aristide.
Cette hypothèse admise, comment expliquer la décision des leaders des
partis politiques impliqués dans cette alliance de s’en défaire dès le
départ de M. Aristide, alors que le climat intérieur laissait très bien
prévoir l’aggravation de la crise ? Faut-il y voir la confirmation de ce
que j’écrivais, en mars 2004, dans ma Lettre ouverte publiée dans les
colonnes d’Alterpresse, [2] à savoir que de nombreux compatriotes
pensaient qu’il suffisait de contraindre Aristide à l’exil pour régler
le problème haïtien. Sinon, comment interpréter la rapide dispersion des
partis politiques et des organisations de la société civile, qui avaient
réussi à faire front commun dans le but d’obtenir ces changements
politiques ? Faut-il alors accorder crédit à ce dicton populaire qui
prétend que les Haïtiens ne s’unissent que lorsqu’il s’agit de défaire
les gouvernements ? Comment expliquer, en effet, que les élites et la
classe politique haïtienne n’aient pu, en deux occasions assez
semblables, mars 1986 et mars 2004, maintenir les deux fronts communs
politiques qui auraient pu faciliter la formation d’un gouvernement d’
unité nationale ? Cette question est très pertinente au regard de l’
histoire récente de notre pays. Car, dans les deux cas, les partis
politiques de l’opposition, soutenus par diverses organisations de la
société civile et par une grande partie des forces populaires, malgré un
environnement momentanément favorable, n’ont pu, pour autant, parvenir à
négocier un vrai programme de gouvernement, encore moins, à proposer un
projet de pays pour dénouer définitivement la crise nationale.
Il est impérieux de savoir pourquoi, en 2004 comme en 1986, n’a-t-il pas
été possible de maintenir un tel regroupement des forces démocratiques ?
Les leaders avaient-ils de sérieuses raisons de penser que les alliances
n’étaient plus requises après la chute de Jean-Claude Duvalier et de
Jean-Bertrand Aristide, alors que le contexte laissait présager une
assez longue période d’instabilité qui devait déboucher, tôt ou tard,
sur des élections présidentielles ? En 2004 encore plus qu’en 1986, sur
la base des récentes expériences, s’étaient-ils interrogés pour savoir s
’il y avait des raisons objectives qui militaient en faveur d’une réelle
concertation et d’un compromis entre les partis politiques ? Nos
historiens se sont-ils déjà intéressés à mesurer l’impact des échecs des
politiciens haïtiens à dégager, dans ces deux moments historiques, une
vision commune et à se rallier autour d’un projet national, consensuel
et constructif ? Il est essentiel, quoique tard, de soulever ces
questions afin de comprendre les raisons et les réactions des uns et des
autres, de faire toute la lumière sur cette période et d’en tirer, le
plus tôt possible, toutes les leçons. Nicolas Machiavel n’a-t-il pas
justement écrit que : « Pour prévoir l’avenir, il faut connaître le
passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux
temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes
passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes
résultats ».
Toujours dans ma Lettre ouverte de mars 2004, j’avais beaucoup insisté
sur l’urgence de bien cerner, cette fois-ci, le problème haïtien et de l
’aborder convenablement pour mettre, une fois pour toutes, fin à toutes
ces crises répétitives. J’interpellais non seulement les politiciens
mais aussi bien les leaders de la société civile ; les intellectuels,
ceux de l’intérieur comme de l’extérieur du pays ; les compatriotes
haïtiens autant que les Amis d’Haïti, pour qu’ils conviennent de la
gravité de ces crises multiformes et combien destructrices et de la
nécessité de se concerter afin de bien traiter, cette fois-ci, le cas
haïtien. Presque deux ans plus tard, quel est l’état du pays et quelle
est notre appréciation de la situation ?
Face à l’ampleur de la crise nationale, à la fois, sociale, économique,
politique, institutionnelle et policière, il faut tout de même admettre
que de louables efforts ont été déployés pour éviter le pire. La
communauté internationale a vite réalisé que les dangers provoqués par
cette situation dépasseraient rapidement les frontières haïtiennes avec,
plutôt, de graves conséquences, si elle n’était pas maîtrisée. Elle est
donc, une fois de plus, intervenue massivement. L’urgence d’agir n’a
donc jamais fait de doute. Mais, cette intervention a-t-elle été bien
planifiée et qu’en est-il de l’approche du problème ? Celle-ci reste, à
notre avis, encore aujourd’hui, vague, hésitante et peu concluante,
faute, peut-être, d’une réelle concertation entre les partenaires
impliqués. De nombreuses questions persistent quant au rôle de la
Minustha [3] qui n’est toujours pas arrivée à vraiment sécuriser le
territoire haïtien et à créer un climat propice à la tenue de bonnes
élections. On peut, en effet, s’interroger sur la pertinence de certains
gestes et de certaines politiques adoptées en vue de solutionner la
crise haïtienne. À titre d’exemple, l’organisation des élections, étape
décisive de la transition politique, ne soulève-t-elle pas, jusqu’en ce
moment, beaucoup de craintes ?
Tout en reconnaissant la complexité du cas haïtien - violence,
insécurité, enlèvements, trafic de drogue, chômage, pauvreté, misère,
etc - il faut pourtant attribuer une bonne part des difficultés
rencontrées à la désorganisation quasi générale, à l’absence de dialogue
et de concertation. Sans douter de leur attachement à Haïti, il y a même
lieu de s’interroger sur l’attitude plutôt passive et distante de bon
nombre de nos meilleurs intellectuels. Comment, en effet, ne pas
regretter leur trop faible contribution à la réflexion et au débat qu’
exige la situation. Trop peu ont réagi et surtout trop tard, même si,
mieux que quiconque, ils maîtrisent la problématique haïtienne et
doivent mettre leur savoir au service de leur pays. Nos intellectuels,
très majoritairement, ont donc quasiment laissé l’initiative à un petit
groupe de politiciens, en particulier à certains pays amis, alors que
ceux-ci n’auraient dû ou voulu jouer qu’ un rôle d’accompagnement dans
la gestion de la crise. À leur décharge tout de même, le climat général
d’insécurité invite, aujourd’hui encore, à la plus grande prudence.
Tout de même, est-ce compréhensible dans de telle conjoncture, que le
dialogue et la concertation ne soient restés qu’à un niveau superficiel
et limités à un cercle restreint, surtout jamais suffisamment engagés au
point de favoriser une réelle convergence des idées et des efforts au
sein de la Nation en vue de trouver une solution durable. La méfiance
perpétuelle, l’ambition des uns et des autres, les magouilles, les
manoeuvres dilatoires, les volte-face, ont rendu impossibles toute vraie
concertation, tout compromis politique, toute alliance ou fusion, qui
auraient permis de faire avancer la cause haïtienne. D’où le grand
nombre de partis politiques et de candidats sur l’échiquier politique,
ce qui complique encore davantage l’organisation des futures élections.
Ainsi, en ces périodes critiques, le grand mouvement national de
solidarité et d’unité auquel on aurait pu s’attendre, afin de conduire
le pays vers un meilleur avenir, n’est jamais venu. Bref, au niveau de l
’approche et du traitement de la crise, peu de différence apparaît entre
1986 et 2004. Les ingrédients pour de nouvelles luttes fratricides ne
sont que momentanément cachés. L’évolution du pays, au cours des
vingt-quatre derniers mois, fait ressortir, plus que jamais, la
diversité des intérêts de tous les partis politiques et de leurs chefs
traditionnels, des groupuscules, des organisations de la société civile.
Les principaux acteurs semblent n’avoir presque rien retenu des leçons
du passé, leur mémoire est plutôt sélective. La recherche de consensus
reste secondaire, l’intérêt particulier prime toujours sur l’intérêt
général. La tradition politique haïtienne est féroce. L’Histoire se
répète.
Après la longue période transitoire de 86, marquée par la violence et
des massacres, par la corruption et la détérioration générale du pays
sous la férule de gouvernements éphémères, on ne peut que s’étonner, en
2004, de l’incapacité de nos politiciens et de nos élites à privilégier
l’intérêt national et à dépasser le système traditionnel de clans,
malgré l’urgence à laquelle fait face la nation. Il reste surprenant à
la toute veille des élections, dont les dates ont déjà été plusieurs
fois changées et fixées maintenant aux 8 janvier et 14 fevrier 2006, qu’
aucun mouvement solidaire en faveur d’une large concertation et d’un
front commun « des forces du progrès » n’ait pris naissance et n’ait pas
proposé de Projet de société, voire même, s’entendre sur un pacte de
gouvernement d’union nationale de façon à donner un peu d’espoir au
peuple haïtien. On aurait pu espérer, ainsi, probablement éviter cette
pléiade de candidats présidentiels dont on connaît peu la vision et les
programmes. La conjoncture exigeait, à notre avis, une telle initiative
de la classe politique. De plus, n’aurait-il pas été préférable d’
impliquer davantage les citoyens dans la recherche de solution pour
assurer, cette fois-ci, une bonne et définitive sortie de crise.
N’est-ce pas, en effet, une erreur de la part de nos politiciens et de
nos gouvernants, de n’avoir pas conçu et imaginé des mécanismes de
consultation au cours des deux dernières années afin de mieux saisir la
vision de leurs concitoyens pour pouvoir répondre convenablement à leurs
attentes. À ce sujet, il convient d’apprécier la démarche des rares
Partis politiques à avoir parlé au peuple de leur projet de société. Il
faut savoir apprécier la démarche du Groupe 184, qui, dans le contexte,
a pris les moyens pour, au moins, informer les citoyens de leur projet
de Contrat social et rechercher leur adhésion. L’actuel gouvernement
haïtien n’aurait-il pas eu avantage à suivre cette même démarche ? Car,
fort de l’adhésion du peuple, des partis politiques et des différentes
composantes de la société, ne serait-il pas parvenu plus aisément à
améliorer le climat général et à atteindre son principal objectif, à
savoir l’organisation d’élections honnêtes et crédibles ? Sans nier,
encore une fois, les difficultés inhérentes à la dégradation de nos
institutions, à l’abandon de nos valeurs, à l’insuffisance de ressources
humaines qualifiées et surtout financières de l’État haïtien, sans
sous-estimer le climat de violence et même des pièges liés à la
Constitution de 1987, il y a lieu de se demander si les obstacles de
toutes sortes à propos de la planification des prochaines élections et
si le bilan plutôt mitigé du gouvernement, ne résultent pas d’un manque
de planification, de dialogue, de concertation et de cohésion au sein
même de la Nation. En effet, La gouvernance, durant cette transition, n’
aurait-elle pas été plus facile si la vision et les objectifs
gouvernementaux étaient diffusés, connus et partagés par la majorité des
citoyens ?
Après ces interrogations et observations, la question fondamentale est
de savoir dans quelle mesure il est encore possible pour nous, Haïtiens,
de redresser la situation haïtienne, de bâtir un pays différent,
démocratique, juste, prospère et fraternel. Sommes-nous prêts à dépasser
nos rancoeurs pour faire un pays ? Quel avenir voulons-nous pour notre
pays ?
S’il est nécessaire de rechercher le concours de nos partenaires de la
communauté internationale, qui semble d’ailleurs décidée à nous
accompagner dans notre démarche de reconstruction, transformer Haïti
doit être, à la fois, un privilège et un devoir réservés, en tout
premier lieu, à nous Haïtiens. Nous devons en assumer le leadership et
notre volonté, notre détermination, doivent être inébranlables, car c’
est un défi majeur. Rien ne pourra nous arrêter si nous acceptons de
nous unir vraiment. C’est la première condition. Et, c’est maintenant
que nous devons agir. Nous ne pouvons nous permettre de rater cet autre
rendez-vous avec l’Histoire. Trop d’occasions ont déjà été manquées.
Nous devons avoir le souci de créer toutes les conditions favorables au
déroulement de bonnes élections. Car, elles constituent une étape
importante vers la résolution de la crise haïtienne et vers un meilleur
futur.
Aussi, faut-il nous réjouir qu’enfin se soient dessinées, ces derniers
jours, quelques timides tentatives de rapprochement entre certains
partis politiques. Nos politiciens et nos élites ont-ils enfin compris l
’urgence de la situation ? Veulent-ils nous faire mentir, enlever tout
fondement à notre réflexion et répondre à nos questions ? Est-ce donc le
signe d’une certaine maturité politique ? Pouvons-nous commencer
désormais à rêver à la conclusion de vraies alliances politiques en
rapport avec les grands courants idéologiques ? Devons-nous oser rêver d
’une trève politique de cinq ans, durant lesquels trois ou quatre grands
partis politiques, issus de fusions, s’entendraient sur un Projet de
société et un Programme de gouvernement et formeraient une solide équipe
gouvernementale en vue de redresser le pays ? Allons-nous, pour une
fois, nous dépasser, surprendre la communauté internationale, nous
montrer dignes, privilégier l’intérêt national et convenir d’un
gouvernement d’union ? Quel beau cadeau ferions-nous au peuple haïtien à
l’approche des fêtes ? Les trahisons, les luttes fratricides cesseraient
pour une première fois, peut-être même les élections deviendraient
inutiles. Et c’est plutôt ensemble que la grande famille haïtienne se
mettrait au travail en vue de trouver les meilleurs remèdes à notre pays
malade. L’avenir serait vraiment prometteur, car « l’Union fait la
force ». On pourrait alors parler, cette fois-ci, d’une nouvelle
révolution haïtienne, d’une révolution pacifique.
Mais qu’importe que ce rêve se réalise ou pas dans l’immédiat, l’avenir
d’Haïti dépend d’abord de nous, Haïtiens et par conséquent nous devons
agir. Il est temps de décrire notre vision du pays, de définir des
valeurs communes, de nous entendre sur un projet de société consensuel
qui prône un État de droit, de concevoir une planification nationale
avec des objectifs et des priorités, de prévoir également les moyens et
les ressources pour nous permettre d’atteindre des résultats profitables
à toute la société. Il faudra surtout faire un suivi rigoureux pour
garantir le succès. Nous, fils et filles du pays, de l’intérieur comme
de l’extérieur, devons nous réunir dans un nouvel esprit et entreprendre
le redressement d’Haïti. Nous avons le potentiel nécessaire pour
réussir, il suffit de le vouloir réellement.
Pour avoir eu le privilège, dans le cadre de mes fonctions, de
contribuer au développement de certaines régions du Québec ; suite à
cette longue expérience, je reste convaincu de la possibilité de
transformer Haïti en un pays viable et convivial.
P.S.
[1] Consultant en développement économique et en commerce international.
Contact : vegamic@xxxxxxxxxxxx
[2] Lettre ouverte aux Haïtiens et aux Amis d’Haïti publiée sur le Site
d’Alterpresse en mars 2004
[3] NDLR : Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti
.
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