Partis politiques, encore un effort
- From: "Annette" <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: Fri, 30 Sep 2005 14:37:22 -0700
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Éditorial LE MATIN du vendredi 30 septembre 2005
Partis politiques, encore un effort …
par Claude Moïse
La boucle est bouclée. Après le Code de conduite électorale (avril
2005), la Charte de la convention des partis politiques haïtiens (août
2005), les partis politiques ont signé, le 27 septembre dernier, le
Pacte de stabilité et de gouvernabilité. L’événement eut lieu au Karibe
Convention Center, avec la solennité requise, en présence du Premier
ministre, du représentant du secrétaire général de l’Onu, d’un
représentant du CEP, du vice-ministre des Affaires étrangères de la
Norvège et du directeur de l’Ispos. Ce pacte à vocation postélectorale
est l’aboutissement d’un processus de concertation initié et porté par
cette dernière institution avec l’active participation du gouvernement
de Norvège. L’objectif de toutes ces initiatives est d’aider les forces
politiques locales à surmonter les difficultés de la longue crise de
transition dont le dernier avatar remonte au 29 février. Plus
généralement, il s’agit, à travers le Code de conduite, la Convention
des partis et le Pacte de gouvernabilité, d’amener les signataires à
prendre des engagements qui garantissent la stabilité de la
normalisation démocratique. À considérer le contexte sociopolitique, il
y a lieu de rendre hommage à l’Ispos et au gouvernement de la Norvège
pour leur travail patient et leur capacité de persuasion. Tous les
intervenants à la séance de présentation du Pacte l’admettent. Tous ont
reconnu qu’il s’agit d’une avancée considérable vers l’apaisement
politique nécessaire à l’implantation d’un régime de droit durable. Dans
cette perspective, les trois documents cités sont d’une grande
importance par leur visée, leur contenu et leur signification.
Sans doute le Code de conduite électoral n’est pas nouveau. Il recoupe
en quelque sorte les codes d’éthique électorale récents. Le pacte de
stabilité et de gouvernabilité dont Le Matin du mercredi 28 septembre a
rendu compte de la présentation est beaucoup plus substantiel. Ambitieux
même puisque les partis signataires prennent « solennellement les
engagements… pour avancer vers un régime démocratique stable qui assure
la paix sociale, le progrès économique et le développement durable. »
Ils vont de la reconnaissance des autorités issues des élections jugées
conformes, du respect de la Constitution et des lois jusqu’à l’
engagement d’un parti ou d’un groupement de partis qui accèdent au
pouvoir d’appliquer pas moins de 18 mesures qui figureraient en bonne
place dans un programme politique. Ce sont, hélas, des généralités
auxquelles tout le monde souscrit lorsqu’on se dit démocrate. J’ai
demandé à un chef de parti de me dire quelles garanties on aurait de
voir appliquer de telles mesures. Il m’a été répondu sans hésitation :
« Aucune garantie ! » Des sceptiques blasés n’hésiteraient point à
abonder dans le même sens. Je demeure persuadé cependant que l’exercice
n’est pas vain pour une classe politique qui se cherche pathétiquement
depuis si longtemps et qui s’épuise dans des combinaisons de bouts de
chandelle. Ces documents engagent les signataires et constituent des
références pour évaluer leur comportement dans leur pratique politique
et éventuellement à la direction de l’État. Ils sont peut-être même
plus contraignants pour eux que les Constitutions dont les mêmes blasés
auraient tendance à se moquer parce qu’elles sont souvent violées. Même
alors, celles-ci sont nécessaires. Elles portent le projet démocratique
qui est un objectif à atteindre et dont la construction patiente demande
de la lucidité, du courage, de la persévérance et de l’imagination.
Au bout de toutes ces démarches, la mesure la plus significative me
paraît être la création de la Convention des partis politiques haïtiens.
L’initiative est concrète. Elle va au-delà du moment de crise et de la
compétition électorale. La Convention se veut un forum, un lieu de
débats, d’atténuation des contradictions, de résolution des conflits, de
promotion de la culture, de délibération démocratique. Elle peut être un
outil précieux d’accomplissement du Pacte de stabilité qui prévoit y
recourir en cas de nécessité. Si l’on croit que le renforcement de
partis politiques est la mesure même de l’institutionnalisation de la
démocratie, on ne saurait négliger de perfectionner cet instrument.
Seulement il y a la réalité. D’abord la réalité électorale qu’on se
garderait bien de dissocier de cet objectif d’harmonie démocratique et
de stabilisation que l’on préconise. Comment articuler tout cela ?
Les partis sont nombreux en compétition. Pas moins de 45, et on n’a
pas encore fait le décompte des candidats à tous les niveaux. Ils seront
des dizaines de milliers en lice. En mai 2000, il y en avait 28 172. Ce
qui excite l’opinion bruyante aujourd’hui, ce sont les 32 candidats
admis à participer à l’élection présidentielle. En 1987, il y avait 23
agréés sur les 34 inscrits. C’est l’arbre qui cache la forêt. Derrière
cette invisibilité, il y a l’embouteillage. Comment l’électorat se
comportera-t-il ? Personne ne saurait le dire. Et je me suis demandé, à
voir défiler les différents leaders politiques à la tribune, à entendre
leur exaltation de l’acte qu’ils viennent de poser ce mardi 27
septembre, s’il leur est venu, un seul instant pendant leurs nombreuses
délibérations et toutes les occasions de convivialité à Oslo et à
Moulin-sur-Mer, l’idée de se demander comment faire pour réduire le
nombre de partis et de candidats qui encombrent l’espace politique et
dont le grouillement rend confus et malaisé le nécessaire travail d’
éclairage et d’éducation qu’implique le processus de démocratisation.
Comment le peuple des électeurs se reconnaîtra-t-il dans cette forêt de
sigles et de slogans ? Comment le mobiliser sur un projet national quand
tout le monde, éparpillé, va dans toutes les directions avec la même
profession de foi ?
Je me suis surpris à essayer de deviner ce qui se passe dans la tête de
ces nombreux chefs de partis lorsque, réunis, ils formulent des
questions. Chacun se dit peut-être pourquoi lui et pas moi. Qu’est-ce qu
’il a déjà fait qui lui ferait croire qu’il vaut mieux que moi, qu’il
fera mieux que moi ? Et puis, je me suis rendu compte qu’ils n’étaient
que douze partis sur les 45 à signer le Pacte. Et je me suis demandé
encore quel pourcentage de l’espace politique ils couvrent. Sont-ce les
partis pivots de la classe politique ?
Il y a de nombreuses autres questions à poser, précisément sur les
modalités de la gouvernabilité, sur les difficultés de l’
institutionnalisation du régime constitutionnel, sur les lois d’
application, etc. On peut compter sur moi pour les soulever. Ce qui est
méritoire mérite d’être souligné. Il y a encore, comme dirait Depestre,
une mer à traverser. Partis politiques, encore un effort.
1- Fanmi Lavalas, PPRH, Fusion, RDNP, OPL, NDN/GFCD, Tèt Ansanm, KID,
MOCHRENA, ADEBHA, MRN, PDCH.
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