*Nomination de Michaëlle / La classe politique canadienne divisée*



N.B. En passant, nous sommes, (Lenny & moi) du côté de Paul Martin...:))
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La classe politique canadienne divisée sur la nomination de Michaëlle
Jean au poste de Gouverneure générale

Le Premier ministre Paul Martin justifie sa décision pour tenter de
mettre fin à une vive polémique sur les présumés "sentiments
indépendantistes" de la canadienne d'origine haïtienne et de son époux

Posté le lundi 15 août 2005
Par Radio Kiskeya


Une certaine agitation a gagné ces derniers jours la classe politique
canadienne après la nomination, le 3 août dernier, de la journaliste
québécoise d'origine haïtienne Michaëlle Jean, au poste de Gouverneur
générale du Canada. Cette controverse dont les motivations pourraient ne
pas être exclusivement politiques, porte sur les prétendues convictions
anti-fédéralistes, par conséquent indépendantistes, de Madame Jean et de
son conjoint Jean-Daniel Lafond, cinéaste d'origine française.
Accessoirement, la double nationalité canadienne et française du nouveau
"chef d'Etat canadien" commence aussi à défrayer la chronique.

Alors que les préparatifs vont bon train en vue de l'intrônisation, le
27 septembre à Ottawa, de celle qui doit succéder à l'actuelle
Gouverneure, Adrienne Clarkson, le Premier ministre canadien Paul Martin
s'est vu contraint, au cours du week-end, de justifier à nouveau le
choix de Michaëlle Jean à la suite de propos désobligeants tenus par des
chefs de gouvernement provinciaux au cours de la réunion annuelle du
Conseil de la fédération canadienne, à Banff, dans l'ouest du pays. Mr
Martin a dû avoir une conversation téléphonique avec le Premier ministre
d'Alberta et président de la conférence, Ralph Klein, pour le raisonner,
quelque peu, après son intervention qui consistait à demander au chef du
gouvernement fédéral d'expliquer sa préférence pour l'haïtienne devenue
canadienne. Il a également appelé le chef de l'opposition conservatrice
Stephen Harper. Martin dont le gouvernement minoritaire est sous la
menace constante de la province du Québec à la veille de prochaines
échéances électorales, s'est voulu rassurant en affirmant que "Madame
Jean et son conjoint sont des fédéralistes, ils croient au Canada et
toutes les vérifications ont été faites".

"Le Premier ministre voulait ainsi s'assurer que la polémique provoquée
au Québec par les attaques de souverainistes à l'encontre du couple
vice-royal ne gagne pas le reste du Canada" a relevé le quotidien
québecois La Presse de Montréal.

Dans le camp souverainiste, les critiques fusent de toutes parts contre
la nouvelle Gouverneure générale mais surtout contre son mari,
Jean-Daniel Lafond, à qui un reproche son "passé indépendantiste" et
même des liens présumés avec le Front de Libération du Québec (FLQ), une
organisation accusée d'avoir assassiné un ministre, en 1970.

Le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, affirme
respecter le choix de Paul Martin, mais se demande si les précautions d'
usage ont été prises. Et il a conclu son intervention par cette petite
phrase assassine "j'espère que Mme Jean croit au Canada". Son collègue
de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell estime quant à lui que la
nouvelle Gouverneure générale devrait être interrogée sur sa conception
du fédéralisme canadien.

Au milieu de cette tempête médiatique qui s'abat sur la future locataire
de Rideau Hall, la résidence officielle de la Gouverneure générale du
Canada à Ottawa, deux personnalités politiques de premier plan sont tout
de même venues à la rescousse de Michaëlle Jean. Le Premier ministre du
Québec et ex-dirigeant fédéral, Jean Charest, a comparé la situation de
Michaëlle à celle que sa propre femme, Michèle Dionne, avait vécue
dernièrement lorsqu'une député du parti Québécois l'avait accusée de
trafic d'influence. "C'est une situation très inconfortable pour une
personnalité publique lorsqu'on tente de déterrer des actions passées
dans la vie de son conjoint" a indiqué Mr Charest, récemment en visite à
Port-au-Prince et qui dirige une province où la communauté haïtienne est
estimée à plus de 80.000 personnes. Pour sa part, la ministre fédérale
des affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, a souligné l'
identité canadienne à part entière de l'ancienne journaliste de
Radio-Canada qui, dit-elle, est prête à assumer son rôle de
représentante de la Reine Elisabeth II d'Angleterre. En réponse à la
question d'un journaliste relative à l'éventuelle vérification de l'
orientation politique du vote de Michaëlle, lors du référendum de 1995
sur la souveraineté du Québec, la ministre Robillard a rétorqué "qu'il
est affreux et insultant d'imaginer poser une telle question à une
personne qui accepte d'être Gouverneure générale du Canada".

Sur cet aspect de ce qui s'apparente désormais au feuilleton politique
de l'été, le plus grand quotidien anglophone du pays, le Globe and Mail
de Toronto, soutient que Madame la Gouverneure n'a pas à dire comment
elle avait voté en 1995. "Il y a une solution bien plus simple : que Mme
Jean dise simplement que son mari et elle croient en l'unité du Canada"
a proposé le journal, dans un éditorial.

Face à cette polémique qui enfle -traduisant parfaitement la dimension
des enjeux- la future Gouverneure générale, très sereine, a préféré
observer le silence, quitte à devoir, peut-être bientôt, faire le point
sur cette avalanche qui pourrait aussi dériver sur un autre front, celui
de sa double nationalité franco-canadienne que certains commencent déjà
à évoquer. La jeune future responsable d'Etat de 48 ans, nièce du
célèbre écrivain haïtien René Dépestre, arrivée au Québec à l'âge de 11
ans après avoir dû précipitamment abandonner son Haïti natale avec sa
famille, est en train de payer quelque part, le prix d'une identité
complexe, difficile à accepter en Occident : femme, noire, francophone,
immigrante de la première génération, originaire d'un petit pays
considéré comme naufragé. De quoi lui attribuer un rôle historique sans
précédent, au moment de son accession officielle, le 27 septembre
prochain, à la fonction symbolique de chef d'Etat du Canada, mais aussi
de gardienne de la constitution et des institutions. Elle sera
par-dessus tout, la projection par excellence de l'image de cette
puissance économique à l'échelle planétaire. spp/RK


Radio Kiskeya








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