*Entrevue avec l'inspectrice générale Gessy C. Coicou*
- From: "Annette" <len.annette@xxxxxxxxxxxx>
- Date: Tue, 19 Jul 2005 18:19:51 -0700
Dans la peau d'une femme porte-parole de police en temps de crise en
Haïti
Posté le 19 juillet 2005
Deuxième femme porte-parole de la police et première à accéder au poste
d'inspectrice générale, Gessy C. Coicou explique la délicatesse de sa
fonction dans une difficile période de transition politique en Haïti,
fidèle à ses traditions machistes.
Mariée, mère de famille, médecin spécialiste en médecine interne et en
science médico-légale, elle dirige avec son époux le Centre
médico-social Sainte Antoine, une ONG à Carrefour. Femme écrivain, elle
a déjà publié 3 ouvrages.
Gessy Cameau Coicou est depuis environ un an porte-parole de la police.
Elle a été promue récemment inspectrice générale. Mme Coicou révèle à
Haiti Press Network ce qui l'a motivée à intégrer la police et ses rêves
pour Haïti.
Haiti Press Network - Vous êtes, depuis environ un an, porte-parole de
la police d'Haïti et vous venez d'être promue inspectrice générale,
comment vous assumez cette fonction sous le poids des traditions
machistes profondément ancrées dans la culture haïtienne. Avez-vous
rencontré dans l'institution policière des obstacles qui soient liés
spécifiquement à votre genre ?
Mme Gessy Cameau Coicou - C'est vrai que nous vivons dans une société
qui a une culture machiste, j'en suis consciente, et ce que je tente
justement de faire par mon travail dans la police c'est de prouver que
l'être humain indépendamment de son sexe peut contribuer à l'édification
d'une meilleure société.
Je sais que les femmes en Haïti ont de grandes potentialités, et ça je
ne le dis pas parce que je suis une femme mais par simple constat qu'une
grande partie de l'évolution de cette société est tributaire
exclusivement aux femmes. Je vous fais remarquer par exemple qu'à
l'époque où les femmes étaient majoritaires dans l'enseignement primaire
nous avions une bien meilleure société confortée par un important
système de valeurs.
Personnellement, j'avoue avoir rencontré pas mal d'obstacles relatifs à
ma condition de femme mais par principe je ne m'attarde pas sur les
problèmes, je préfère chercher les solutions.
HPN - Quelque chose vous a particulièrement choqué dans votre expérience
dans la police ?
GCC - Certes oui, mais je ne vais pas me donner la peine de les énumérer
pour la simple et bonne raison, comme je viens de vous le dire, que je
n'aime pas m'attarder sur les choses négatives. Je préfère réfléchir et
proposer des corrections quand les problèmes sont identifiés.
HPN - On sait que vous êtes médecin, qu'est-ce qui a bien pu vous
motiver à intégrer la police. Est-ce là votre vocation ?
GCC - Je n'ai jamais eu l'envie, ni la vocation de devenir policière.
Mon rêve d'enfant c'était de devenir médecin. Je suis, de fait, docteur
en médecine avec une spécialisation en médecine interne, santé
communautaire. Je détiens également une maîtrise en science
médico-légale aux Etats-Unis.
De retour en Haïti en 1997, j'ai décidé d'intégrer la police civile
créée trois ans plus tôt en vue de donner ma contribution au niveau
judiciaire, car j'ai remarqué que la justice était la revendication
primordiale de notre société.
Partant du principe qu'aucune justice ne peut être rendue sans la mise
en place d'un système de renforcement de la capacité d'enquête et
qu'aucune enquête sérieuse n'est possible sans l'établissement des
preuves matérielles, j'ai donc décidé de mettre mes compétences en
science médico-légale à la disposition de la police de mon pays pour
aider en ce sens.
Je me suis donc inscrite lors d'un recrutement. J'ai pris par la suite
une formation de cadre supérieure. A ce moment-là, j'avoue que
j'ignorais que je m'enrôlais en tant que tel dans la police. J'ai réussi
tous les examens et obtenu le grade de commissaire de police.
J'ai monté le premier laboratoire de police scientifique : c'est ma
contribution au pays.
HPN - Vous êtes devenue une personnalité publique notoire. Est-ce que
vous relevez des changements qui dénoteraient une certaine rivalité de
la part de votre mari à cause de votre position ?
GCC - Comme moi, mon mari est médecin, formé en Espagne, et spécialiste
en endocrinologie. Il travaille à ce titre et coopère également avec le
milieu sportif. Il est, comme moi, très occupé et, de toute façon, nous
ne laissons jamais la vie professionnelle empiéter sur notre vie
familiale.
HPN - Dans cette conjoncture politique particulièrement difficile
marquée par des actes de banditismes répétés contre la police - la
police a déjà perdu plus d'une cinquantaine de de ses membres depuis
février 2004 - j'imagine que des pressions proviennent de vos proches
vous incitant à plier bagages. Si c'est le cas, dites-nous comment vous
y faites face ?
GCC - Absolument pas ! Dans ma famille on a la tradition de s'épauler et
de s'encourager surtout quand l'un de nous fait un travail à risque. Et
puis maintenant tout travail est à risque. Des médecins se font
assassiner à l'intérieur même de leur clinique. C'est pour vous dire
qu'il n'y a pas que le travail du policier qui est à risque peut-être
que le policier encourt un risque qui est plus évident.
HPN - Quel est ton rêve pour Haïti ?
GCC - Mon rêve c'est qu'Haïti redevienne un pays normal et qu'il
progresse sur la voie du développement.
HPN - Le gouvernement de transition a adopté le 6 juillet dernier un
décret-loi en faveur de l'équité de genre. Est-ce que cela augure
d'après vous des lendemains meilleurs pour les filles et femmes d'Haïti
?
GCC - J'applaudis l'adoption de ce décret qui favorise effectivement
l'équité de genre ; mais c'est loin d'être suffisant, il reste encore
beaucoup de chemin à parcourir.
Je dois ajouter que l'avenir dépend de ses rêves, de ses aspirations. La
vie, avant tout, est synonyme de sacrifices. En ce sens, j'encourage
toutes les femmes à jouer leur partition car on ne vous fera pas de
cadeaux ; cela ne s'est vu dans aucune société. C'est à vous de
combattre pour réaliser vos rêves.
Je profite de cette occasion pour encourager les femmes à intégrer la
police, car elles peuvent jouer un rôle important dans la
professionnalisation de cette institution.
HPN - Souhaitez-vous devenir directrice générale de la police ?
GCC - (Sourire) Je n'espère pas tant.
Le haut état-major de la police haïtienne ne peut compter que sur le
courage et la détermination encore intacts de ses membres et le soutien
de plus de 7.000 casques bleus de l'ONU pour améliorer la situation
sécuritaire en Haïti et conférer une image de marque à ce corps. Cette
tâche est d'autant plus ardue que la police haïtienne à un effectif
réduit [Ndlr : environ 4000 policiers pour 8 millions d'habitants] est
sous équipée et affectée par la corruption.
Entrevue réalisée par Vantz Brutus
VB/JEC
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