« On torture dans les prisons et les commissariats de police »
- From: Hakim Talbi <talbidesign@xxxxxxx>
- Date: Sat, 2 Aug 2008 11:56:44 -0700 (PDT)
http://www.algeria-watch.org/fr/mrv/mrvtort/on_torture.htm
Ali Yahia Abdenour et Mustapha Bouchachi tirent la sonnette d’alarme
« On torture dans les prisons et les commissariats de police »
El Watan, 31 juillet 2008
Mustapha Bouchachi, président de la Ligue algérienne pour la défense
des droits de l’homme (LADDH), plaide pour la révision du code de
procédure pénale de sorte à protéger les citoyens de telles « dérives
autoritaires et inhumaines ». Pour Me Ali Yahia Abdenour, Bouteflika
veut dire, à travers son discours, qu’il ne partira pas sur un échec
et que l’opposition n’a plus de place, puisque lui-même fait dans la
critique.
La situation des droits de l’homme empire. L’année dernière était
meilleure que cette année. Et cette année ne sera que meilleure que
celle à venir », tonne Mustapha Bouchachi, président de la LADDH, dans
une conférence de presse animée hier à Alger, avec Ali Yahia Abdenour,
président d’honneur, et d’autres membres de l’organisation. Comme
premier exemple de piétinement des droits de l’homme en Algérie de
2008, M. Bouchachi cite la torture. « Il y a eu torture dans des
prisons. Des citoyens ont également subi cette pratique dans des
commissariats de police », dénonce-t-il, exprimant toute son
indignation quant à l’attitude des gouvernants qui « ne font rien pour
mettre un terme à cette pratique », disparue depuis de longues
décennies dans les pays de paix et de démocratie. « Il n’y a jamais eu
ouverture d’enquête sur ces exactions dénoncées par les victimes
devant les juges en pleine audience », condamne-t-il, rappelant que
l’appareil judiciaire, même s’il n’y a pas dépôt de plainte, doit
impérativement, comme le prévoit la loi, ouvrir une enquête pour
s’assurer de la véracité des paroles des victimes. M. Bouchachi dit
avoir reçu une dizaine de cas de torture, dont une seule victime a pu
déposer plainte. L’avocat et défenseur des droits de l’homme explique
la raison ayant poussé les autres à ne pas intenter des procès contre
les auteurs de « ces crimes contre le droit international et la
Déclaration universelle des droits de l’homme ratifiée par l’Etat
algérien ». « Souvent, ces victimes sont poursuivies pénalement et
donc elles ont peur de représailles à travers leurs procès en cas de
dépôt de plainte », souligne-t-il avec désolation, relatant un peu la
frayeur et l’angoisse que vivent ces victimes.
« une politique générale »
M. Bouchachi refuse l’argumentaire officiel selon lequel ce sont des «
actes isolés », attestant qu’il s’agit bien « d’une politique générale
». Pour mettre un terme à cette pratique « digne de l’âge des cavernes
», M. Bouchachi plaide pour la révision du Code de procédure pénale de
sorte à protéger les citoyens de telles « dérives autoritaires et
inhumaines ». Poursuivant son constat alarmant de la situation des
droits, M. Bouchachi revient sur « l’injustice flagrante que vivent
les contractuels qui sont à leur 16e jour de grève de la faim ». « Ces
grévistes ne demandent ni privilège, ni logement, ni aide, ils
réclament simplement le poste de travail qu’ils ont occupé depuis
plusieurs années », indique le conférencier, qui estime qu’« il est
inconcevable d’employer un enseignant pendant quatre ans et de le
jeter par la suite dehors en refusant de lui régulariser sa situation
». M. Bouchachi alerte ainsi l’opinion publique sur la gravité de la
situation de ces grévistes qui refusent de renoncer à leur action «
même si cela doit leur coûter la vie », invitant par là même le
ministre de l’Education à reconsidérer la décision. « Comment peut-on
recruter 100 000 policiers et refuser de régulariser 40 000
enseignants qui occupent depuis des années des postes et ont contribué
superbement au bon résultat du bac dont le gouvernement se targue ? »,
clame-t-il. Le président de LADDH cite également un autre cas flagrant
de l’absence totale d’un Etat de droit. Il s’agit d’un grave précédent
qui en dit long sur la manière avec laquelle on gère le pays. Il
s’agit du limogeage d’un magistrat de la Cour suprême suite à une
mésentente avec le chef de l’Etat. L’affaire remonte à 2002.
« la même situation qu’en 1978 »
Le Conseil d’Etat, auprès duquel il a introduit un recours, l’a
réhabilité dans ses droits et a approuvé sa réintégration de plein
droit dans sa fonction. « Mais le ministère de la Justice a refusé
d’appliquer cette décision et le magistrat est toujours radié »,
relève le conférencier. M. Bouchachi n’a pas manqué l’occasion pour
évoquer la situation désastreuse des victimes des violences de
Berriane, dans la wilaya de Ghardaïa, attestant que « le wali n’a rien
fait pour les prendre en charge ». Selon lui, des familles se trouvent
actuellement dans un état lamentable, entassées dans des salles de
classe, à un mois seulement du Ramadhan. De son côté, Ali Yahia
Abdenour n’a pas perdu sa lucidité et sa perspicacité dans la lecture
de l’actualité nationale. Brossant un tableau noir de la situation des
libertés et des droits de l’homme, le président d’honneur de la LADDH
focalise son intervention sur le régime et plus particulièrement sur
le dernier discours du chef de l’Etat. « Bouteflika veut dire à
travers son discours d’autocritique, comme il l’a qualifié, qu’il ne
partira pas sur un échec et restera pour redresser la situation, comme
il dit que l’opposition n’a plus de place puisque lui-même adopte un
discours critique », explique-t-il, ajoutant dans le même sillage que
« le pays se trouve exactement dans la même situation qu’en 1978, avec
un Président malade et une succession ouverte ». Pour Me Ali Yahia
Abdenour, « les gouvernants ont semé le vent et récoltent la tempête
». Il considère que Bouteflika est à la fois « le produit et la
négation de Boumediène ». Comment ? Selon lui, le chef de l’Etat aime,
comme Boumediène, la concentration des pouvoirs. Mais en revanche, il
prône sur le plan économique le libéralisme, contrairement au défunt
Boumediène qui a œuvré pour le socialisme.
Par M. A. O.
LADDH : «Les droits de l'homme sont en régression en Algérie»
par Z. Mehdaoui, Le Quotidien d'Oran, 31 juillet 2008
Le verdict de la LAADH en matière de droits de l'homme en Algérie est
sans appel.«Il y a une régression des droits de l'homme en Algérie et
chaque année c'est encore pire que la précédente», a déclaré hier le
président de la LADDH, maître Mustapha Bouchachi, qui animait une
conférence de presse au siège de cette organisation à Alger, aux côtés
de Ali Yahia Abdenour, président d'honneur de la ligue. Selon le
conférencier, la torture continue d'être pratiquée. «C'est une
pratique générale», tonne le président de la LADDH, qui affirme avoir
des témoignages de plusieurs personnes torturées.
Bouchachi, qui appelle à revoir les procédures pénales, souligne que
«la justice n'a jamais ouvert des enquêtes sur ces cas de torture».
«La torture, c'est un crime d'Etat», poursuit, sans complaisance, le
président de la LADDH qui affirme que la protection des citoyens de ce
genre de pratique «n'a jamais été incluse dans les différentes
modifications apportées à la loi ces dernières années».
Les enseignants grévistes, le mouvement associatif, les événements de
Berriane, les centres d'attente pour les étrangers, l'UPM étaient hier
autant de sujets développés par le responsable de la LADDH qui
souligne que cela entre dans le cadre des rencontres organisées
périodiquement par la ligue pour faire une «évaluation des droits de
l'homme en Algérie».
Ainsi la situation des enseignants contractuels qui étaient hier à
leur 17e jour de grève de la faim est qualifiée de «grave» par le
conférencier qui note «que l'Etat a trouvé le moyen de recruter
100.000 policiers» mais refuse de réintégrer et régulariser des
enseignants qui ont, dit-il, servi dans les pires moments qu'a vécus
l'Algérie et dans des régions dont personne n'en voulait.
«Le plus dangereux, c'est le mépris observé par le ministère de
l'Education qui n'a pas voulu ouvrir de dialogue avec les enseignants
grévistes», ajoute M. Bouchachi qui note que cette absence de dialogue
est une «atteinte aux droits sociaux» des enseignants qui ne
demandent, soutient-il encore, qu'à vivre et faire vivre leurs
familles.
Concernant les événements de Berriane, le président de la LADDH a
affirmé hier que des centaines de familles de la région sont toujours
réfugiées dans des écoles. Il soulignera que contrairement à la
version officielle, des familles entières se trouvent encore dans des
salles de classe.
«Le problème de Berriane a été traité uniquement sur le plan
sécuritaire», s'est désolé l'avocat qui souligne que les véritables
associations civiles sont embrigadées.
Par ailleurs, abordant le projet de Nicolas Sarkozy d'unir les deux
rives de la Méditerranée, le responsable de la Ligue de défense des
droits de l'homme en Algérie ne voit pas d'un très bon oeil cette
démarche.
«C'est une régression du Processus de Barcelone», a-t-il déclaré en
soulignant que dans le projet, la LADDH n'a pas encore vu d'indices
sur les droits de l'homme. Il expliquera que le Processus de Barcelone
mentionnait clairement que la coopération économique est liée au
respect des droits de l'homme.
«L'UPM va donner de la légitimité aux pays qui bafouent les droits de
leurs citoyens».
De son côté, Ali Yahia Abdenour n'a pas mâché ses mots.
«Nous ne portons pas de jugements sur les hommes ou leurs fonctions
mais sur leur action», a déclaré d'emblée le président d'honneur de la
ligue qui est revenu sur «l'aveu d'échec du président» lors de son
dernier discours devant les P/APC.
«On a semé le vent et on a récolté la tempête», dira Ali Yahia
Abdenour pour qui le «départ du pouvoir» est une nécessité.
Le président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme a affirmé
«qu'aujourd'hui nous sommes dans la même situation que celle qui a
prévalu en 1978 après la mort de Boumediène» qui a laissé, poursuit-il
sa succession ouverte.
La question, ajoute-t-il, c'est de savoir s'il faut changer le système
en place depuis 1962 ou seulement procéder à des changements à
l'intérieur de ce système.
Le constat de l'avocat algérien est clair à ce sujet: «Le pouvoir veut
reproduire le même système politique» en donnant comme preuve l'échec
constaté par le chef de l'Etat lui-même et qui n'a conduit, soutient-
il encore, à aucune démission d'un quelconque ministre.
CONFÉRENCE DE PRESSE DE BOUCHACHI ET ALI YAHIA ABDENOUR
«La torture est toujours pratiquée en Algérie»
Le Soir d'Algérie, 31 juillet 2008
Ne faisant plus partie des réalités officiellement admises, la torture
continue en vérité à être pratiquée en Algérie. C’est, du moins, ce
qu’atteste la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme
(LADDH), dont le président et le président d’honneur, Mes Mustapha
Bouchachi et Ali Yahia Abdenour, ont animé conjointement hier un point
de presse à Alger.
Sofiane Aït Iflis - Alger (Le Soir) - Me Bouchachi, qui a officié en
tant que conférencier en chef, a été affirmatif : «Ce ne sont pas des
actes isolés, comme prétendu. La torture est bel et bien une pratique
générale. » L’avocat, qui n’ignore pas le droit, a soutenu que cette
pratique, répandue dans les commissariats de police, est favorisée par
un code de procédure pénale qui ne protège pas le justiciable. En sa
qualité de président de la LADDH, il sait pertinemment de quoi il
parle. «Durant les deux derniers mois, nous avons enregistré une
dizaine de plaintes de citoyens victimes de tortures dans les
commissariats de police.» L’orateur a déploré que les victimes ne
saisissent pas les tribunaux. Il comprend que c’est la peur des
représailles qui les retient d’engager des actions en justice contre
leurs tortionnaires. Mais il n’y a pas que cela : la flegmatique
attitude des procureurs devant des affirmations à la barre de
torturés. «Il y a eu des affirmations devant le juge ; des citoyens
qui ont affirmé avoir fait l’objet de tortures. Les procureurs ne se
sont jamais saisis pour ordonner l’ouverture d’enquêtes.» Me Bouchachi
a plaidé la révision du code de procédure pénale, dans le sens d’une
meilleure protection des citoyens. Ceci sur la très sensible question
de la torture. Cependant, l’actualité nationale, faite de conflits
sociaux et d’arbitraires professionnels, n’a pas laissé indifférent le
militant des droits de l’homme. La situation des enseignants
contractuels grévistes de la faim, plus immédiatement. Le conférencier
a considéré que ce que subissent les enseignants contractuels est
contraire à la loi. Il a dénoncé l’attitude de la tutelle qu’il a
qualifiée de méprisante envers les grévistes de la faim et l’ensemble
du corps enseignant contractuel. «C’est le mépris total. Aucun
responsable du ministère de l’Education n’est venu les voir et
s’entretenir avec eux.» Le conférencier a rappelé que parmi ces
contractuels, certains cumulent 14 années d’exercice. «Comment se fait-
il qu’un Etat qui s’engage à recruter 10 000 policiers, se déclare
incapable de régulariser la situation de 40 000 enseignants ? » Me
Bouchachi est convaincu que c’est là l'expression d’un Etat de non-
droit. Il a voulu pour preuve supplémentaire la situation de ce
magistrat, Ali Chemloul, qui a eu maille à partir avec le ministère de
la Justice en 2002 et qui reste à ce jour victime d’un arbitraire. En
effet, le magistrat, suspendu de ses fonctions, a recouru au Conseil
d’Etat qui a statué en faveur de sa réintégration. Le ministre de la
Justice fait et continue à faire fi de ce jugement rendu. Cela dure
depuis 4 années. Me Bouchachi a, par ailleurs, dénoncé la loi sur
l’entrée et le séjour des étrangers dans notre pays. Il a estimé que
cette loi est une atteinte aux libertés consacrées par les textes et
conventions internationaux. Pour sa part, Me Ali Yahia Abdenour est
revenu sur la question des droits de l’homme dans son rapport à la
politique. Le dernier discours de Bouteflika lui a inspiré une
critique bien ajustée. «Quand on échoue, on démissionne», a-t-il
affirmé. Selon lui, l’Algérie est dans la situation de la fin des
années 70, lorsque Boumediene, malade, a laissé la succession ouverte.
S. A. I.
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